LES JEUX DU CIRQUE EN ANNAM

Combat d'un tigre et d'un éléphant
S. M. Thanh-Thai, roi d'Annam, celui que ses sujets appellent l'Empereur du Sud, est, dit-on, un sportsman passionné. Chauffeur émérite, cavalier infatigable, constructeur de navires, il a également d'importantes écuries de courses. Mais tout cela ne lui suffit pas; il faut des sensations plus fortes à ce tempérament royal.

Vous me direz que la politique devrait suffire à les lui donner. Mais la politique, le souverain annamite s'en moque comme de sa première bicyclette. C'est affaire à sa bonne protectrice la France de s'occuper de l'avenir de son peuple. Pour lui, il préfère infiniment s'adonner aux jeux du cirque, tout comme son jeune «cousin» le roi d'Espagne.

Nos lecteurs n'ont. pas oublié le fameux combat du tigre et du taureau qui eut lieu récemment à Saint-Sébastien et dont le Supplément illustré du Petit' Journal leur a donné une si émouvante reproduction.

C'est un spectacle du même genre que le roi d'Annam a offert à la population européenne de Hué. Seulement, cette fois, l'adversaire du tigre était un éléphant.

Au demeurant, ni l'un ni l'autre des combattants n'était digne de pitié. Le tigre, capturé par les chasseurs du roi, avait sur la conscience quelque existences d'indigènes. Quant à l'éléphant, c'était une femelle venant de Quang-Ngai où elle avait tué son cornac et épautré quelque peu trois autres Annamites.

Les adversaires promettaient. Ils tinrent, cependant, moins qu'on ne l'espérait, à cause d'une répétition que S. M. avait voulu s'offrir, et dont les animaux sortirent, l'un et l'autre, singulièrement affaiblis. Il fallut, comme à Saint-Sébastien, les exciter pour les forcer à en venir aux prises.

Le tigre, enfin, sauta sur l'éléphant, qui lui prit le corps en travers avec la trompe et le serra à lui briser les côtes. Se dégageant, le tigre essaya de grimper sur la jambe gauche de derrière de son adversaire. Celui-ci, que la colère à la fin gagnait, lui envoya un formidable coup de pied, puis attendit. Le tigre se coucha au pied du mur et n'en bougea plus. Il était mort.

Le combat n'avait duré que quelques minutes. Ainsi, à Hué comme en Espagne, c'est le félin qui fut vaincu.

La terreur respectueuse des Annamites pour celui qu'ils appellent « le seigneur Tigre » va probablement subir de ce fait une rude atteinte.

Le Petit Journal illustré du 9 Octobre 1904