AU CAMBODGE
La crémation
solennelle des restes du roi Norodom
Norodom Ier, roi de Cambodge, décédé le 23 Avril
1904, aura attendu plus de vingt mois son incinération solennelle.
C'est la tradition, sur les rives du Mékong, de laisser passer
une longue période avant de livrer les restes des souverains à
l'anéantissement final.
Au Cambodge, les riches ont la coutume de garder leurs morts dans leur
demeure pendant plusieurs mois, avant de les brûler ; il en est
qui enterrent provisoirement les cadavres de leurs parents décédés,
pour en brûler les ossements quelques années après
; quant aux pauvres, ils brûlent leurs morts tout de suite après
le décès. Le temps de conservation des cadavres se mesure
donc à la richesse des familles, et le bûcher sur lequel
on les brûle est d'autant plus beau que la condition sociale de
la famille du défunt était plus élevée.
On ne s'étonnera donc pas si, depuis si longtemps, le corps de
Norodom attend son incinération.
On l'a placé, ce corps royal, accroupi dans une énorme urne
de métal, ornée de ciselures d'or ; à l'intérieur
de cette urne, le roi défunt macère dans un bain de mercure.
L'urne, sans avoir été ouverte, a été portée
en grande pompe dans le monument qui lui est destiné et que l'on
vient de construire ; ce monument est constitué par de grandes
pièces de bois ouvragées de bois d'espèces odoriférantes,
que relient de solides nattes rehaussées d'ornements et de dessins
dorés.
L'urne, une fois placée au milieu de ce palais, on met le feu à
l'édifice, et le roi est incinéré en-même temps
que sa dernière demeure, tout s'envolant en fumées légères,
son corps, l'urne et le palais.
Car le bûcher d'un roi défunt doit être, selon les
traditions kmeres, un palais construit tout exprès pour le feu.
Ce palais porte le nom de « Men » ; il a été
construit solidement, comme s'il devait être habité pendant
de longues années.
Les ossements que le feu n'aura pas consumés seront enfermés
dans une nouvelle urne en or et déposés dans une tour construite
tout exprès à quelque distance du palais.
Les cérémonies qui suivront l'incinération de Norodom
seront très brillantes ; à cette occasion, le roi Sisowath
doit faire quantité de largesses à son peuple et accorder
des grâces aux prisonniers.
Le Petit Journal illustré
du 14 Janvier 1906
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