LES DANGERS DE L'ALPINISME
Dramatique ascension au sommet
du Mont Boucier
L'Alpe est volontiers taxée d'
« homicide » ; et il faut malheureusement reconnaître
qu'elle mérite souvent cette accusation.
Durant la saison de 1905, les accidents d'alpinisme ont été
de 165, dont 65 mortels. On a remarqué que les victimes étaient
en majorité des Suisses et des Allemands. Ce sont en effet des
excursionnistes passionnés. Les Français, généralement,
préfèrent regarder les montagnes d'en bas.
Notre gravure de huitième page représente une récente
ascension qui aurait pu avoir les résultats les plus tragiques.
Les lieutenants Menotti et Roissard, des chasseurs alpins italiens, en
garnison à Torre-Pellice, étaient partis, en compagnie de
M. Volmann, alpiniste allemand très connu, pour faire une ascension
sur le sommet du Boucier, haut de 3,250 mètres.
Jusqu'ici, toutes les tentatives faites dans ce but avaient échoué.
C'est que la cime en est formée par une sorte de monolithe d'une
hauteur de 62 mètres environ.
Les trois alpinistes voulaient grimper sur cette colonne de roche, et
ils choisissaient pour leur ascension le côté le plus périlleux,
celui du Nord, s'élevant au-dessus d'un précipice béant.
M. Vollmann escalada le premier le rocher à pic ; il fut suivi
par le lieutenant Menotti, le lieutenant Roissard venait le dernier.
Tous les trois étaient reliés entre eux par des cordes solides,
de sorte que la chute de l'un aurait entraîné celle de ses
deux compagnons.
Après plusieurs tentatives, M. Vollmann réussit à
atteindre un rebord saillant, mais à peine y eut-il mis le pied
qu'il glissa, tomba la tête en avant. Le lieutenant Menotti homme
d'une force herculéenne, attrapa la cheville de l'alpiniste et,
l'empoignant solidement, il maintint M. Vollmann qui, sans cela, serait
tombé dans le précipice, entraînant avec lui ses camarades
d'excursion.
L'alpiniste allemand, s'étant heurté la tête contre
le rocher, avait perdu connaissance. Le lieutenant Menotti, le tenant
toujours par la cheville, se laissa glisser jusqu'à ce qu'il fût
arrivé à un endroit plus sûr, où il prodigua
les premiers soins à son camarade. Les trois alpinistes ont pu
ensuite gagner la vallée.
Le Petit Journal illustré
du 21 Janvier 1906
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