LA TEMPÊTE SUR LES
COTES BRETONNES
Les
femmes de l'île de Sein attendant le bateau chargé de les
ravitailler
Lorsque la tempête fait rage sur la côte bretonne, les habitants
de l'île de Sein se trouvent parfois, durant plusieurs jours, livrés
aux affres de la famine. Le bateau qui fait, en temps ordinaire, la traversée
de Brest pour leur apporter les vivres nécessaires, ne peut approcher
de ces côtes rocheuses, et les malheureux en sont réduits
à se nourrir de conserves.
Le fait s'est produit ces jours derniers encore, et notre gravure représente
les femmes de l'île de Sein, les « Iliennes », comme
on les appelle en Bretagne, regardant, anxieuses, du haut de leurs rocs
inhospitaliers, si le bateau de Brest n'apparaît pas au loin.
L'île de Sein, en effet, est une terre stérile qui ne produit
rien qu'un peu d'orge. Maintes fois le gouvernement a offert à
ses habitants des indemnités assez fortes s'ils voulaient la quitter
et s'établir sur le continent. Mais la race farouche et superbe
qui vit là n'a pas voulu quitter l'île.
Les hommes se livrent surtout à la pêche du homard, qui abonde
en ces parages.
Les femmes, ces belles Iliennes dont la mise et la coiffure comptent,
parmi les plus originales du pays breton, sont toujours vêtues de
robes noires. Ainsi, dit-on en Bretagne, elles n'ont pas besoin de changer
de costume lorsqu'il leur faut, par suite de quelque sinistre, porter
le deuil d'uns des leurs. Et les naufrages sont fréquents en ces
parages si périlleux de la pointe du Raz et de la baie des Trépassés
!
Le Petit Journal illustré
du 4 Février 1906
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