EFFROYABLE INCENDIE PRÈS
DE RENNES
Un asile départemental
détruit par les flammes
L'incendie qui a détruit l'asile
de la Piletière, près de Rennes, a pris les proportions
d'une véritable catastrophe.
Les hospitalisés y étaient au nombre de 320, soit 150 hommes
et 170 femmes. Ce fut de la part de ces pauvres gens une fuite éperdue.
Mais plusieurs de ces malheureux n'ont pu se sauver à temps et
leurs cadavres ont été retrouvés affreusement carbonisés
et méconnaissables.
Pourtant, quel dévouement admirable, quel héroïsme
déployé par les sauveteurs !
Les pompiers de Rennes, les soldats de la garnison, une foule de héros
inconnus de la population ont accompli des prodiges de sang-froid et de
courage pour arracher aux flammes les pensionnaires de l'hospice.
Plusieurs ont été blessés grièvement. L'un
d'eux, tombé d'une hauteur de douze mètres, s'est fracturé
la jambe.
L'aumônier de l'asile, qui prenait, lui aussi, une part active au
sauvetage, a été également blessé en portant
secours à ses ouailles. Plusieurs soeurs de l'hospice, qui ont
été admirables de dévouement, ont reçu de
cruelles brûlures.
Ce sont des catastrophes de ce genre qui donnent l'occasion de se manifester
à ce noble et généreux esprit de solidarité
qui caractérise notre race. On nous croit trop volontiers sceptiques
; parfois, nous écoutons trop complaisamment ces tirades creuses
des politiciens en quête de popularité qui prêchent
l'égoïsme et la guerre des classes.
Mais qu'un danger éclate : tout le monde y court, car le sentiment
d'humanité est le plus fort de tous ceux qui nous animent. Et,
comme il advint à La Piletière, les héros inconnus
se précipitent dans le péril; ils accomplissent la tâche
que leur commande leur conscience, et cette tâche remplie, ils rentrent
chez eux, simplement satisfaits d'avoir fait leur devoir.
Son devoir, chacun l'a fait à La Piletière.
Le Petit Journal illustré
du 18 Février 1906
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