La sensationnelle équipée
de Jean Gallay et de Valentine Mérelli a pris fin, comme il convenait,
en plein carnaval. Deux audiences ont suffi pour terminer cette affaire
qui, depuis plus de quatre mois, n'a pas cessé de passionner
l'opinion publique.
Les grands escrocs ont, de tout temps, joui d'une sorte de prestige
sur la masse. On a fait aux Parisiens un grief d'avoir accueilli Gallay
et la Mérelli avec des acclamations goguenardes lors de leur
retour à Paris, au mois d'Octobre dernier. Cependant, cela s'explique
par le côté romanesque et passionnant de l'aventure que
venaient de courir le pseudo-baron et sa compagne.
Il faut dire aussi que l'information moderne s'était copieusement
exercée à l'égard des passagers de la Catarina.
Quand ils nous revinrent de leur lointaine croisière, nous les
connaissions à merveille déjà. On nous avait dit
leur passé ; nous avions contemplé leurs portraits de
face, de trois quarts, de profil ; et ce fut pour la foule un plaisir
de voir en chair et en os des personnages qu'elle eût crus volontiers
jaillis du cerveau de quelqu'un de ses romanciers favoris.
En dépit des lenteurs de l'instruction, malgré quatre
mois de prévention, l'intérêt n'a pas faibli jusqu'au
bout du roman, et l'on s'est disputé les places à la cour
d'assises pour ces deux audiences. L'épilogue est tel qu'on pouvait
l'attendre. Valentine Mérelli, considérée comme
ayant suivi Gallay de bonne foi et sans avoir pris part à ses
escroqueries, a été acquittée. Quant à l'ancien
employé du Comptoir d'Escompte, il est condamné à
sept ans de travaux forcés. Ce chiffre lui évite la déportation.
Il fera si peine en France. Les juges ont trouvé qu'il avait
assez-voyagé.
Le Petit Journal illustré
du 11 Mars 1906