A L'ASILE DE CLERMONT

Médecin blessé par un fou
L'an dernier, à l'asile Sainte-Anne, le docteur Vallon fut victime d'une agression de la part d'un des aliénés confiés à ses soins. Le fou lui planta un couteau entre les deux épaules.
C'est un fait du même genre qui vient de se passer à l'asile des aliénés de Clermont.
Le docteur Thivet, médecin en chef du service des hommes, passait la visite dans la section des malades tranquilles, lorsque soudain l'aliéné Boulogne, âgé de vingt-quatre ans, soldat récemment réformé, s'approcha de lui avec vivacité, le saisi à la gorge, puis le frappa en pleine figure avec un tesson de bouteille qu'il avait dissimulé sous sa blouse. Le médecin, gravement blessé au-dessous de l' oeil droit, a dû s'aliter.
Le surveillant Bazelaire ayant voulu s'interposer, reçut de Boulogne une poignée de poivre dans les yeux et fut également frappé d'un coup de tesson de bouteille à la nuque.
Le gardien Ildis, accouru aussitôt, fut blessé lui aussi, mais assez légèrement, et il put, non sans peine, passer au malheureux aliéné la camisole de force.
Certes, il faut plus que du courage, il faut de héroïsme pour vivre au milieu des fous, pour les soigner, pour garder tout son sang-froid, tout son calme devant leurs injures, leurs menaces, leurs coups. Il faut de la patience, du dévouement et de la bonté.
Nos médecins aliénistes ont tout cela. Et l'on ne peut que s'incliner devant le courage de ces hommes qui affrontent des dangers de tous les instants pour la Science et l'Humanité.

Le Petit Journal illustré du 29 avril 1906