ÉPOUVANTABLE CATASTROPHE A SAN-FRANCISCO
Terrifiants effets du tremblement de
terre
Des spasmes terribles agitent le monde souterrain. Après la tragédie
de Courrières, après l' éruption du Vésuve,
voici qu'un tremblement de terre d'une violence inouïe détruit
une des villes les plus considérables des États-Unis,
San-Francisco, la « Perle du Pacifique ».
La puissance de cette grande cité était née de
la découverte des mines d'or de la Californie. Lors de cette
découverte, San-Francisco n'était qu'une misérable
bourgade d'un millier d'habitants. Quatre ans plus tard, en 1852, elle
en comptait près de 35,000. Ce n'était alors qu'une ville
de bois, où l'incendie sévissait constamment. Détruite
par le feu en 1849 et en 1851, elle fut alors reconstruite en pierres
et en briques.
Dès lors, sa population se développa avec une étonnante
rapidité. En 1860, elle avait 56,802 habitants ; en 1870, près
de 150,000 ; en 1880, plus de 233,000 ; en 1896, elle atteignait 350,000.
C'était une ville pittoresque, bâtie sur des pentes abruptes.
Des funiculaires sillonnaient ses rues. Chacun de ses quartiers avait
son caractère particulier, depuis le quartier de la rue de Montgomery,
où s'élevaient les hôtels somptueux des millionnaires,
jusqu'au quartier chinois, dont les ruelles étroites étaient
bordées de hautes maisons où s'abritaient les fumeurs
d'opium.
L'artère centrale était Market Street (la rue du Marché),
l'une de celles qui ont le plus souffert de la récente catastrophe.
La secousse du tremblement de terre a duré trois minutes. Il
était cinq heures du matin. La ville dormait. Soudain, de tous
côtés, les bâtiments s'écroulent, ensevelissant
les habitants. Ceux dont les maisons sont restées debout s'échappent
affolés, sans prendre le temps de se vêtir. Le quartier
des affaires est spécialement éprouvé. L'hôtel
de ville, dont la construction a coûté 7 millions de dollars
(35 millions de francs) n'est plus qu'un monceau de ruines.
A l'horreur du tremblement de terre vient s'ajouter un autre danger.
Les conduites de gaz, brisées par la secousse, s'enflamment de
toutes parts... L'incendie ravage la ville ; les conduites d'eau sont
rompues elles aussi... Aucun moyen d'enrayer le fléau.
Des milliers de personnes ont péri sous les
décombres. Des milliers d'autres ont été blessées...
Tous ceux que la catastrophe n'a pas atteints ont fui la ville ravagée.
Une fois de plus, ces forces souterraines, si mal connues, en dépit
des progrès de la science, ont déchaîné la
ruine et le deuil.
Leurs manifestations se succèdent depuis quelque temps, de plus
en plus terribles...
Que nous réservent-elles pour l'avenir ?
Le Petit Journal illustré du
29 avril 1906