COMMENT SE VENGE
LE PRÉTENDANT MAROCAIN

Algérien attaché à la bouche d'un canon
Le Rogui - ainsi nomme-t-on le prétendant marocain Moulay-Mohammed - est un seigneur singulièrement farouche et peu enclin à supporter la plaisanterie.
Qu'on en juge par le tragique incident qui fait l'objet de notre gravure.
A Melilla se trouvait un interprète originaire d'Algérie qui avait été obligé de passer la frontière à la suite de démêlés qu'il avait eus avec la justice algérienne.
Belkader ben Amar - c'était son nom - était fort répandu dans la société joyeuse de la ville. Or, lors des fêtes de Carnaval, organisées par la colonie espagnole, une cavalcade parcourut Melilla, représentant d'une part les partisans du sultan Abd ul Aziz, de l'autre, ceux du prétendant. Belkader fut chargé, dans ce cortège fantaisiste, de représenter le Rogui ; et il le fit de façon à divertir les spectateurs. A vrai dire, il fit une caricature du prétendant et se livra à mille contorsions fort réjouissantes.
Mais il advint, ce dont l'Algérien ne se doutait guère, que Moulay-Mohammed apprit la chose en son camp de Selouan, et
qu'il jura de se venger de l'homme qui l'avait ridiculisé.
Ces jours derniers, comme Belkader était sorti des portes de Melilla pour se rendre chez un de ses amis, il fut entouré tout à coup par un parti de cavaliers partisans du Rogui, empoigné, ligotté sur un cheval et emporté au camp du prétendant.
Là, sans jugement, il fut, malgré sa résistance, attaché à la gueule d'un canon qu'on avait chargé devant lui. Après quoi, sur l'ordre du chef, le coup partit, et le corps du malheureux fut mis en pièces.
Le Rogui était vengé.

Le Petit Journal illustré du27 Mai 1906