AVANT L'ATTENTAT
Le Roi et la Reine d'Espagne
rentrant au Palais,après la cérémonie nuptiale
La cérémonie du mariage du roi Alphonse XIII et de la princesse
Ena de Battenberg - à présent reine Victoria-Eugénie
- s'est accomplie au milieu d'un enthousiasme général qu'est
venu, malheureusement, interrompre le plus abominable des attentats.
Jamais Madrid n'avait vu pareille frénésie de joie. Pourquoi
faut-il que ce jour, qui, devait rester dans la mémoire du peuple
madrilène comme celui d'une fête inoubliable à jamais,
ait été attristé par l'acte criminel d'un anarchiste
?
L'attachement que l'Espagne porte à son jeune roi, la sympathie
que la princesse Ena a su éveiller autour d'elle dès son
arrivée en Espagne, faisaient présager ces manifestations
enthousiastes. Elles ont cependant dépassé toutes les prévisions.
Les deux fiancés se sont rendus, le 31 Mai, à l'église
de San-Jeronimo, chacun de leur côté. On sait, en effet,
que la princesse devait, jusqu'au mariage, résider au palais du
Pardo.
Elle est partie de ce palais dans un carrosse de la cour, accompagnée
de sa mère, la princesse Béatrice, et de la reine Marie-Christine.
Deux landaus et un carrosse la précédaient, portant les
princes de sa famille.
Le roi est parti du palais dans le merveilleux carrosse royal que Ferdinand
VII inaugura lors de son mariage avec la reine Marie-Christine. Douze
landaus, berlines et carrosses de gala le précédaient, portant
les princes étrangers.
Sur tout le parcours, les rues étaient pavoisées, les maisons
splendidement décorées de fleurs, d'oriflammes, de tapis
précieux et d'emblèmes de toutes sortes. Les fenêtres
et les balcons avaient été loués des prix fabuleux.
Une famille anglaise a dû payer 25,000 francs pour obtenir, dans
un hôtel, un appartement pour dix jours ; une chambre coûtait
en moyenne 500 fr. par jour...
Après la cérémonie, les deux époux regagnèrent
le palais dans le carrosse royal, ainsi que le montre notre gravure. Et
c'est alors que se déchaîna, sur leur passage, l'enthousiasme
populaire.
Mais c'est alors, aussi, que, quelques instants avant l'arrivée
au palais, une bombe, jetée d'un balcon, vint tout à coup
éclater en avant du carrosse royal, épargnant, heureusement,
les deux jeunes époux, mais semant la mort au milieu du cortège
et changeant soudain les éclats de la joie populaire en clameurs
d'indignation et d'horreur.
Le Petit Journal illustré
du 10 Juin 1906
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