EN ESPAGNE PRÉPARATIFS DE
LA CORRIDA ROYALE
Les taureaux de combat amenés
à la plaza de Madrid
Dans la série des réjouissances offertes au peuple, pour
le mariage du roi d'Espagne, la corrida a une importance toute particulière.
Les organisateurs ont choisi, pour en assurer le succès, les meilleurs
taureaux de l'une des premières ganaderias (troupeaux)
de l'Espagne.
Il y a, dans la péninsule, plus de 300 ganaderias dans
lesquelles sont élevés les taureaux de combat.
Les taureaux espagnols sont des animaux belliqueux, d'une fougue et d'une
impétuosité sans égales. Le seul moyen de les approcher
et de les conduire est de se servir de vieux boeufs dressés à
cet usage, les cabestros, qui jouent le rôle de chiens
de berger, obéissent fidèlement aux gardiens, aux vaqueros,
qu'ils protègent même parfois contre les animaux indomptables.
Les cabestros jouissent, sur tous les jeunes taureaux de la prairie,
d'une véritable autorité de chefs de famille.
M. Vidal, dans une pittoresque étude sur les corridas, démontre
que les produits d'une ganaderia ne sont pas tous, indistinctement,
favorables au combat du cirque ; on doit faire une sélection rigoureuse
parmi les veaux : cela s'appelle la tienta (l'essai). On éprouve
le courage de la bête, et, si on lui reconnaît les aptitudes
indispensables, on la marque au moyen d'un fer chaud. C'est le herradero
traditionnel
qui est, en Espagne, l'occasion de grandes fêtes de campagne, chasses,
danses, festins, plaisirs de toutes sortes.
Un taureau destiné à la plaza coûte de 1,000
à 2,500 francs ; il doit être âgé de quatre
ans au moins, de huit ans au plus ; il faut qu'il soit sain, robuste,
et qu'il n'ait jamais été,« couru ».
Son poil est luisant, doux au toucher, ses extrémités sèches,
les tendons et les articulations bien accusés, le sabot court,
petit
et rond, les cornes fortes à la base, noires et pointues au bout,
bien semblables, la queue longue et fournie, les yeux noirs et vifs, les
oreilles velues et mobiles.
Tous les taureaux désignés pour prendre part à la
corrida royale ont été soigneusement examinés et
choisis suivant le type classique. Après quoi, sous la conduite
des cabestros, les vaqueros les ont emmenés vers
la plaza de Madrid, où la mort les attend.
Le Petit Journal illustré
du 10 Juin 1906
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