LES MENDIANTS DE PARIS
Une troupe
de romanichels dans un commissariat
Les romanichels ne se contentent plus d'envahir nos campagnes et de s'installer
sur toutes nos grandes routes. Les voici qui s'en viennent mettre la charité
parisienne en coupe réglée.
Une bande de ces nomades parcourait ces jours derniers le quartier d'Europe,
exhibant des ours savants et des singes bizarrement affublés, qui
faisaient aux passants mille grimaces divertissantes.
Les aumônes pleuvaient, lorsque la police intervint.
Toute la bande, cinq femmes, trois hommes, huit singes et deux ours, fut
emmenée au commissariat, où, elle fit une entrée
sensationnelle.
Tandis qu'on avisait M. Leproust, commissaire de police, les animaux,
laissés en liberté, commirent dans le poste toutes les fantaisies
imaginables ; les singes, paraît-il, se montrèrent particulièrement
irrespectueux de la justice. Enfin, les agents, qui, sur l'ordre de M.
Leproust, s'étaient dispersés dans le quartier, à
la recherche de caisses destinées aux animaux, revinrent, portant
suffisamment d'emballages pour priver toute la caravane de liberté.
Il fallut alors rattraper singes et ours, ce qui ne fut pas une mince
affaire.
Avec le temps, on y parvint, et la ménagerie prit le chemin de
la Fourrière, tandis que les romanichels, sous l'inculpation de
vagabondage, mendicité, port d'armes prohibées, etc., prenaient,
de leur côté, le chemin du Dépôt.
Le Petit Journal illustré
du 24 Juin 1906 |