GRAND INCENDIE A BORDEAUX
La lutte contre le feu
Dans notre dernier numéro, nous donnions d'intéressants
détails sur l'organisation du corps des pompiers bordelais et nous
rendions hommage à ces soldats, à ces sauveteurs qui sont
là-bas les dignes émules de nos sapeurs-pompiers de Paris.
Or, comme pour appuyer ces justes éloges, voici que, ces jours
derniers, un formidable incendie a éclaté à Bordeaux
et que les pompiers bordelais ont fait preuve, en le combattant, des plus
belles qualités de discipline et de courage.
L'incendie s'est déclaré dans les dépendances de
la gare des marchandises de Brienne, de la Compagnie des chemins de
fer du Midi, dans un vaste terrain situé en bordure des quais,
sur la rive gauche, enclos de grilles, large de 60 mètres environ
et long de 3 à 400 mètres.
L'intensité du feu était telle que les immeubles situés
de l'autre côté du quai de Brienne prirent feu. Les fils
télégraphiques et téléphoniques et les rails
des tramways furent fondus et les pavés de silex se fendirent.
Les vaillants pompiers, auxquels vint s'adjoindre un détachement
du 14e régiment d'artillerie, sous le commandement du capitaine
Pierre, pouvaient à peine rester sur place et tenir leur lance
dans cette fournaise.
En l'absence du capitaine Braud, qui représentait la compagnie
à Paris aux fêtes organisées par le Petit Journal,
les pompiers étaient commandés par le lieutenant Magret
qui s'est montré à la hauteur de sa tâche et a fait
preuve de beaucoup de sang-froid. Quant aux sapeurs, ils ont montré
un dévouement admirable. Ils étaient simplement héroïques,
quand ils travaillaient, au milieu d'une fumée âcre et dans
une atmosphère irrespirable, à combattre le formidable sinistre.
Leur ténacité et leur courage furent inlassables. Après
sept heures d'efforts, ils purent se rendre maîtres du fléau.
Deux d'entre eux, le caporal Houssat et le sapeur Cazeaux, furent blessés
; mais ils refusèrent de quitter leur poste et continuèrent
leur service jusqu'à ce que le feu pût être circonscrit.
C'est une belle page de plus à ajouter aux annales des sapeurs-pompiers
de Bordeaux.
Le Petit Journal est heureux d'avoir rendu hommage à ces
modestes héros.
Le Petit Journal illustré
du 15 Juillet 1906
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