AU THÉÂTRE DE VERDURE DU PRÉ-CÂTELAN


La fête des Danses, offerte par M. et Mme Leyguesen l' honneur du roi Sisowaih

Cette fête si pittoresque et si originale restera l' un des événements artistiques de cette fin de saison.
En Juillet, disait-on, il n' a plus de Parisiens à Paris... Or, il faut croire que les Parisiens revinrent tout exprès pour y assister, car ils étaient quelques milliers, et non des moindres, -mondains, artistes, hauts fonctionnaires, savants, - qui se pressaient, ce soir-là, sur les gradins du Théâtre de Verdure.
Le Théâtre de Verdure fut construit, voici plus de quarante ans, par Alphand, sur l' ordre de l' impératrice Eugénie, et l' on y donna alors de délicieuses soirées pour les familiers de la cour impériale.
Il y a deux ans, la Société de l' Histoire de Paris le fit revivre un soir. On y jouait OEdipe roi. Mais la tragédie n' était pas à l' aise dans ce décor mièvre et coquet.
M. Leygues l'a ramené à sa véritable destination en y donnant cette « fête des Danses » qui fit l' émerveillement de tous ceux qui eurent la bonne fortune d'y assister.
Les invités du ministre des colonies purent savourer tour à tour l' étrangeté des pantomimes extrême-orientales, la noblesse des attitudes grecques et la grâce de nos vieilles danses nationales.

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La fête débute par les danses cambodgiennes.
Le roi Sisowath fait son entrée, vêtu de son plus beau costume d' apparat, et, tout aussitôt, ses danseuses entrent en scène.
Aux rythmes étranges de l' orchestre cambodgien, elles évoluent et semblent de vivantes statues détachées des murailles des temples d'Angkor.
Aux danses cambodgiennes succèdent les danses grecques avec Mlle Sandrini ; et nos vieilles danses françaises : pavanes, passe-pieds et menuets, par Mlle Zambelli et les premiers sujets de l'Opéra.
Et ces exquises évocations, dans ce lumineux décor naturel, rappellent les plus délicieux paysages du peintre des Fêtes Galantes.

Le Petit Journal illustré du 22 Juillet 1906