UNE CHASSE A L' OURS EN PLEIN PARIS
La fête du quartier des Gobelins
battait son plein. Place d'Italie, avenues d'Ivry et de Choisy, et jusqu'aux
abords de la manufacture de la Savonnerie, des forains avaient installé
leurs baraques.
Or, tandis que la foule, nombreuse et enthousiaste, se pressait devant
les baraques, des cris de terreur et d'effroi se firent entendre tout
à coup. Des femmes, des enfants, des hommes même, fuyaient
dans tous les sens, comme pris de panique.
De courageux citoyens se précipitèrent vers l'endroit d'où
semblait provenir le danger. Ils reculèrent.. Un ours brun, de
forte taille, une bête superbe, tête baissée, fonçait
à grandes enjambées sur le public terrifié. Un malheureux
âne, attelé à une voiture de chiffonnier, fut la première
victime du fauve. D' un seul coup de ses crocs formidables, l'ours l'égorgea
à demi, tandis que ses griffes puissantes lacéraient le
corps de la pauvre bête.
Ce fut ensuite le tour d' un employé de la ménagerie Darius,
place d'Italie, M. Georges Labbé. Ce dernier voulait s' emparer
de l' ours, qui s' était échappé de sa cage. Il ne
réussit qu'à se faire mordre cruellement à la jambe
gauche. On dut le transporter à l'hôpital Cochin, où
il fut admis d'urgence.
Il fallait en finir. Le fauve, acculé, venait de s'accoter contre
une porte cochère, derrière une baraque, rue Philippe-de-Champaigne.
L'air menaçant, il s'apprêtait à opposer une résistance
des plus énergiques à ceux qui le poursuivaient. Il ne le
put. Des gardiens de la paix, accourus au pas de charge, l'abattirent
à coups de revolver.
Le Petit Journal illustré
du 29 Juillet 1906
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