LA PENÉTRATION FRANÇAISE DANS LE SAHARA

L'arrivée des méharistes dans une oasis
Le Sahara n'est plus, aujourd'hui, le terrible coupe-gorge de naguère. Grâce à l'intelligente activité, au courage et au dévouement de nos officiers d'Afrique et de nos soldats, la France est désormais en état de faire régner le bon ordre sur l'immense territoire qui sépare l'Afrique du Nord du Soudan.
Quand la série de nos conventions avec l'Angleterre eut placé officiellement les trois cinquièmes du Sahara sous notre dépendance, la tâche de l'explorer et de le pacifier paraissait immense et hors de toute proportion avec les bénéfices qu'on en pouvait tirer. En réalité, elle se sera accomplie sans bruit, sans difficulté et l'on pourrait dire presque sans frais.
D'une part, on s'était exagéré les difficultés physiques du pays et les forces des Touareg, et, d'autre part, nous avons
trouvé dans nos compagnies de soldats montés sur chameaux coureurs, dans nos compagnies méharistes, un instrument merveilleusement approprié à la besogne.
Les premières compagnies méharistes furent constituées dans les oasis du Touat, et le nom du commandant Laperrine, qui est aujourd'hui colonel et les commande toujours, restera inséparable de leur création. Dès leur première campagne, elles obtinrent la soumission des Touareg Hoggar.
Depuis lors, une compagnie s'est formée au Zinder, et une autre, enfin, à Tombouctou. Le superbe raid accompli récemment, par un détachement de cette compagnie, sous les ordres du capitaine Cauvin, à l'oasis de Taoudeni, a eu, en France, un légitime retentissement.
Nous avons donc, aujourd'hui, deux compagnies méharistes au Touat, une au Zinder, une à Tombouctou. Et c'est assez pour assurer la tranquillité du désert.
Les expéditions pacifiques de leurs détachements démontrent aux Arabes nomades, l'agilité, l'endurance, la mobilité extraordinaire de nos méharistes.
Par eux la sécurité est presque complètement garantie aux caravanes qui s'engagent dans ces immenses espaces; la vie commerciale renaît et prend un nouvel essor, dans ces régions ingrates, jadis désolées par les bandes de pillards ; et le prestige de nos armes est définitivement assuré vis-à-vis des Touareg et des peuplades naguère encore si turbulentes du désert français.

Le Petit Journal illustré du 5 Août 1906