LA TRAVERSÉE DE LA MANCHE
A LA NAGE
Depuis plusieurs dizaines d'années
que le célèbre capitaine Webb a traversé la Manche,
pour la première fois, de Douvres à Calais, bien des tentatives
se sont succédées pour renouveler ce même exploit.
Mais, jusqu'à ce jour, ce fut en vain. Par suite de la fatigue,
du froid ou des courants contraires, les intrépides nageurs ont
toujours été obligés d'abandonner, parfois même
à quelques kilomètres seulement de la côte française,
point d'arrivée de toutes les entreprises. Parmi les plus célèbres
de ces nageurs, on peut citer Holbein, Horace Mew, Burgess, Miss Kellermann,
la fameuse Australienne, et Wolff.
Ce dernier vient, de nouveau, de tenter le hasard. Mais, pour mettre toutes
les chances de son côté, il ne s'est pas contenté
de se protéger le corps contre le froid, en s'oignant d'huile,
et de se protéger les yeux contre le sel marin, en s'encapuchonnant
la tête d'un bonnet muni de lunettes ; il a eu l'idée, vraiment
originale, de se faire accompagner par un bateau portant deux joueurs
de cornemuse, « car, dit-il, on n'a pas idée de ce que le
son de ces instruments a d'encourageant dans des épreuves semblables.
»
Ceci met une note de poésie au milieu de la brutalité de
ce sport qu'est la natation ainsi comprise. Il est vrai que Wolff est
de la patrie de lord Byron et que celui-ci ne fut pas seulement un grand
poète, mais, malgré son infirmité, - il était
pied-bot, - un grand nageur. Ne traversa-t-il pas, en 1810, le Bosphore,
et, en 1818, la mer Adriatique, de l'île de Lido jusqu'à
Venise et au delà ?
Enfin malgré toutes les dispositions prises, Wolff a du renoncer,
à moitié chemin, à lutter contre les courants. Souhaitons-lui
meilleure chance pour une autre fois !
Le Petit Journal illustré
du 12 Août 1906
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