LA FÊTE DES FIGUES A SMYRNE

Chez tous les peuples du monde, on retrouve les mêmes traditions pittoresques. De même que chez nous, jadis, on célébrait les époques de la fenaison, de la moisson, de la cueillette des fruits, de même les peuples orientaux ont, eux aussi, leurs « fêtes économiques ». Dans l'Extrême-Orient, la récolte du riz ne va pas sans quelques divertissements et solennités et, dans l'Orient musulman, l'époque de la récolte et de l'expédition des figues est l'occasion, chaque année, de grandes réjouissances.
La figue est, en effet, pour les populations de l'Asie-Mineure, un élément de richesse. On en fait, là-bas, une double récolte : en Juin et Juillet, mûrissent les figues-fleurs nées sur le bois de l'année précédente ; en Août, les figues d'été, plus grosses, plus sucrées et de beaucoup préférées pour le séchage.
C'est à l'occasion de cette seconde récolte et de l'expédition des fruits qu'a lieu la « fête des figues ».
A Smyrne, surtout, cette fête est des plus brillantes. Le bazar, ce jour-là, offre une animation extraordinaire. De son dédale de rues, de ruelles, de carrefours, qui forment une ville dans la ville, surgit une population grouillante, aux costumes pittoresques, qui se répand de toutes parts, se livre à des jeux de toutes sortes, et sur le port, aussi bien qu'à l'embarcadère des chemins de fer, acclame les bateaux et les trains qui emportent à travers le monde la récolte de l'année.

Le Petit Journal illustré du 19 Août 1906