PARENTS INDIGNES !

Les petits martyrs affamés de la Belle-Fontaine

Toute la région de Tourcoing a été péniblement émue, par l'acte abominable commis par ces parents indignes qui abandonnèrent six pauvres petits enfants dans le plus pitoyable état de misère.
C'est à Halluin, au cabaret de la Belle-Fontaine, que s'est passé ce fait affreux.
Les parents indignes quittèrent un beau jour la maison et s'en allèrent sans dire gare, laissant les enfants sans pain et presque sans vêtements.
Les malheureux abandonnés vécurent, Dieu sait comme ! de quelques croûtes oubliées.
Les voisins, cependant, inquiets de l'absence des parents, pénétrèrent dans la maison. Un horrible spectacle s'offrit à leur vue.
Dans son berceau, au milieu d'un véritable tas de fumier, un petit garçon de deux ans était couché, l'air égaré, l'oeil fixe, le visage tuméfié. Autour de lui, ses frères et ses soeurs, vêtus de loques répugnantes et rongés par la vermine. Dans un angle du grenier, sur un ignoble grabat, gisait un pauvre bébé de onze mois, livide, succombant presque aux privations endurées.
Tout de suite, la pitié s'émut aux alentours, en faveur des petits martyrs. On s'occupa de les nourrir, de les vêtir, de les soigner. La police fut prévenue. Et lorsque, le lendemain, les parents revinrent, on leur mit la main au collet.
Un châtiment sévère attend ces misérables.
Leur crime est de ceux qui révoltent la conscience. La misère elle-même ne saurait l'excuser. L'enfance est sacrée : on lui doit douceur, dévouement et pitié. Ceux dont l'âme est fermée à l'amour des enfants doivent être traités comme des rebelles à la première des lois humaines, à la loi la plus haute et la plus respectable.

Le Petit Journal illustré du 2 Septembre 1906