UNE FEMME GUERRIÈRE A CUBA
La senora Clava Santos se battant à la tête, d'un corps d'insurgés
L'île « éclatante et lointaine » dont le poète José-Maria de Hérédia parlait naguère avec tant d'enthousiasme, est, depuis quelque temps, agitée par la guerre intestine.
Voilà cinq ans à peine que la République de Cuba libre existe. On espérait que l'ordre et la paix y régneraient désormais. Il n'en est rien. De nouveau, la « Perle des Antilles » est la proie de bandes insurgées.
Une insurrection sévit sur la grande île, avec tous les caractères de celles qui s'y éternisèrent déjà de 1868 à 1878 et de 1895 à 1898.
Et, le plus fâcheux, c'est qu'on ne découvre aucun motif profond, aucune grave revendication qui puisse justifier cette levée de boucliers. C'est toujours le vieux besoin hispano-américain de vivre sur l'État, qui paraît se manifester par ces violences.
La révolution de Cuba est une révolution de fonctionnaires mécontents, de politiciens en disponibilité et de généraux qui, n'ayant pas de troupes à commander, fomentent des révoltes pour avoir des soldats. On sait, au surplus, qu'à Cuba tout le monde est quelque peu général.
Cette insurrection a ses côtés pittoresques. C'est ainsi qu'un corps d'insurgés est commandé par une femme.
« La senora Clava Santos, dit une dépêche, a conduit un corps d'insurgés contre un détachement de troupes du président Palma, qu'elle a défait. Elle est la femme de Juan Santos, riche planteur, qui, bravant l'autorité du président, a engagé la lutte contre lui. La senora Santos a revêtu le costume d'officier et obtenu le commandement de cent rebelles. Ces jours derniers, elle s'est heurtée à un corps de gardes ruraux, sous les ordres du colonel Estrampez. Chevauchant à la tête de sa petite troupe, la senora Santos lança son cheval au milieu des ennemis, Sabrant de droite et de gauche. Derrière elle, ses soldats, enthousiasmés, se précipitèrent sur leurs ennemis qu'ils mirent en fuite.»

Le Petit Journal illustré du 30 Septembre 1906