GRAVE ACCIDENT AU VÉLODROME BUFFALO

Une motocyclette escalade la balustrade et frappe des spectateurs à la tête

Le vélodrome Buffalo a été, ces jours derniers, le théâtre d'un accident imprévu et terrible.
Un match de motocyclettes devait être disputé entre les coureurs Pernette et Armand Contant. Leurs engins étaient munis de moteurs de douze chevaux environ, pouvant atteindre la vitesse de 100 kilomètres à l'heure.
La piste du vélodrome Buffalo mesure 300 mètres de tour et présente la forme d'une ellipse. La piste est clôturée par des barrières en bois plein, qui, dans les deux virages, relevés à 70 %, semblent la continuer. Le public est accoudé aux barrières ; il est presque en contact immédiat avec les coureurs.
Les spectateurs ont l'habitude, pour mieux voir, de se pencher vers la piste ; leur corps émerge alors d'un bon tiers, la tête inclinée en avant.
La réunion tirait à sa fin, lorsque les deux coureurs Pernette et Contant se mirent en ligne.
Les concurrents commençaient leur second tour. Le chronométreur venait de constater que les premiers 300 mètres avaient été couverts en 12 secondes 2/5, ce qui donne une vitesse moyenne de 87 kilomètres à l'heure, lorsque tout à coup, dans un virage, sa courroie avant sauté et bloqué sa. roue arrière, on vit Pernette s'effondrer sur la piste. Contant suivait à dix mètres. Arrivé presque sur Pernette, qui dégringolait la pente, Contant, pour l'éviter, dut faire un brusque crochet, et il fut projeté vers la balustrade, sur laquelle il roula - fait extraordinaire - pendant plus de vingt mètres.
Une clameur épouvantable partit alors de toutes les poitrines. Avec son marche-pied, la motocyclette de Contant atteignait en pleine figure une douzaine de spectateurs qui, penchés sur la barrière, suivaient la chute de Pernette.
La catastrophe accomplie, machine et conducteur retombaient sur la piste et dégringolaient sur le gazon. Contant fut relevé sans grand mal, ainsi que Pernette.
Mais, hélas ! il n'en était pas de même en haut du virage. Les malheureux spectateurs qu'avait atteints la moto de Contant restaient étendus sur place, tandis que la foule se précipitait vers eux et parvenait à grand'peine jusqu'aux blessés. On apporta des civières et les corps des pauvres victimes y furent étendus.
Cet étrange et douloureux accident avait fait deux morts et dix blessés.

Le Petit Journal illustré du 21 Octobre 1906