A SHANGHAI
Capture du brigand Vahkader,
qui terrorisait la région
Une dépêche de Shanghaï
au Petit Journal annonçait qu'on s'était enfin
emparé de Vahkader, le terrible gredin qui, depuis de nombreuses
années, semait la terreur sur toute la région.
Les brigands chinois sont les plus redoutables brigands qui soient au
monde. Ils n'ont aucun scrupule ; ils rançonnent, ils pillent,
ils massacrent sans pitié. Rien ne les retient, rien ne les attendrit.
Dans le bien comme dans le mal, les Chinois ne connaissent guère
le juste milieu.
M. J.-R. Innes, qui a été inspecteur des prisons des possessions
britanniques de la presqu'île de Malacca, écrivait, l'autre
jour, dans le Wide World Magazine, un article dont je détacherai
ce passage caractéristique sur les malfaiteurs chinois qu'il a
vus à l'oeuvre :
« Un Chinois qui travaille, dit-il, a la passion de son métier.
Il s'y consacre tout entier, avec une ardeur et une ténacité
qui ne se ralentissent jamais. Lorsque cet ouvrier modèle tourne
mal, il apporte dans le crime le même zèle, la même
persévérance et les qualités nationales qui font
de lui un élément de richesse lorsqu'il mène une
existence laborieuse et régulière, le transforment, une
fois qu'il est sorti de la bonne voie, en malfaiteur de l'espèce
la plus dangereuse et la plus incorrigible. »
Vahkader fut, peut-on dire, le plus étonnant, le plus extraordinaire
de ces brigands. Ses méfaits, ses vols, ses attaques à main
armée se comptent par centaines.
Le voilà pris. Qu'adviendra-t-il de lui ? Si les autorités
européennes laissent faire, il subira, sans doute, le supplice
du lingchi, c'est-à-dire qu'il sera littéralement
déchiqueté, car l'art suprême des bourreaux chinois
chargés de cette besogne diabolique consiste à dépecer
la victime sans pourtant la faire expirer.
C'est horrible !... Mais, que voulez-vous ? les Célestes n'ont
pas la moindre idée de nos sensibleries européennes, et
j'imagine qu'il passera beaucoup d'eau sous le Pont de Marbre de Pékin
avant que la Chine supprime la peine de mort.
Le Petit Journal illustré
du 21 Octobre 1906
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