LES TROUBLES A LA FRONTIÈRE ALGÉRO-MAROCAINE

Un agitateur musulman prêchant la guerre sainte

Depuis quelque temps déjà, une agitation de mauvais augure règne au Tafilelt, sur notre frontière du Sud-Oranais.
Déjà, au début du mois d'Août dernier, cette agitation s'était manifestée. Un « rezzou », composé de quelques centaines de méharistes de la tribu des Oulad-Djerir et de Berabers - nos plus vieux ennemis - s'était constitué au Tafilelt et mis en marche avec l'intention de se jeter, en razziant de-ci, de-là, sur quelques-uns de nos postes.
Mais, grâce aux dispositions si remarquables prises par le général Lyautey, grâce à la mobilité de nos troupes en observation sur la frontière, ces projets avaient été promptement déjoués.
Les méharistes pillards, trouvant devant eux une résistance qu'ils n'attendaient pas, repassèrent la frontière et s'en retournèrent à Tafilelt.
Ces jours derniers, des nouvelles nous sont parvenues, annonçant qu'ils préparaient un nouveau coup de main.
C'est là, à n'en pas douter, le commencement d'une campagne ourdie contre nous au Maroc, car nul n'ignore que le Tafilelt relève officiellement du sultan du Maroc.
Cette agitation sur nos frontières est d'autant plus grave qu'il ne s'agit plus seulement de tentatives de quelques pillards isolés. Les adversaires irréductibles de l'influence européenne - ils ne manquent pas dans l'empire du maghzen - tentent en ce moment de fanatiser les populations nomades qui vivent sur les confins de notre colonie algérienne. Profitant de l'époque du Ramadan, le mois du jeûne musulman, ils vont de tribus en tribus, prêchant la guerre sainte et l'extermination des « roumis ».
Que sortira-t-il de cette agitation ? Rien de grave, espérons-le. Les mesures prises par le général Lyautey sont de nature à nous rassurer. Les postes ont été renforcés sur toute la frontière, et une surveillance étroite s'exerce du côté de Tafilelt.
D'autre part, notre diplomatie agit énergiquement à Fez pour décider le sultan à mettre bon ordre à ces troubles avant que puisse éclater quelque incident qui nécessiterait notre intervention armée.

Le Petit Journal illustré du 4 Novembre 1906