LE DIRIGEABLE « RÉPUBLIQUE
»

La gravure de notre première page
représente le dirigeable République d'après
les documents recueillis au cours du voyage vraiment triomphal que ce
ballon militaire accomplit récemment de Paris à Compiègne
et retour.
Cette sortie avait été prescrite par le ministre de la
Guerre, qui voulait se rendre compte des qualités du nouveau
dirigeable.
La République était montée par le commandant
Voyer, le capitaine Bois et l'adjudant Vincenot.
C'est à huit heures et demie du matin, exactement, que le commandant
Voyer donnait l'ordre « lâchez tout » aux aérostiers
du 1er génie, sur la terrasse des établissements de Chalais-Meudon.
L'adjudant Vincenot embrayait aussitôt le moteur, et le dirigeable
République, louvoyant contre le vent d'Ouest, passait
au-dessus de Meudon, traversait Paris et planait, trois quarts d'heure
plus tard, sur les usines Lebaudy, où furent construites, sous
la direction de M. Julliot, les pièces mécaniques de son
assemblage.
De là, piquant dans le vent qui devenait plus violent, la
République gagna Gonesse, Villiers-le-Bel, passa au-dessus
de la forêt le Chantilly. A onze heures, le ballon était
à la hauteur de Senlis, et toute la. population de cette ville,
ainsi que le 2e hussards, acclamaient chaleureusement ses trois passagers.
A ce moment, la République se rapprocha du sol à
un tel point que l'on crut que son pilote voulait atterrir. Il n'en
était rien. Le dirigeable se redressa aussitôt et, s'élevant
à trois cents mètres, dépassa Verberie, atteignit
Pont-Sainte-Maxence à midi 10 et Compiègne à midi
et demi.
Les ovations n'y furent pas moins chaleureuses qu'à Senlis, et
les habitants virent à regret, le dirigeable virer majestueusement,
sans s'arrêter, au-dessus du château et reprendre la direction
de Paris.
A une heure et demie, il repassait au-dessus de Senlis, luttant aisément
contre le vent, et, à deux heures, notre dirigeable militaire
était au-dessus de Paris pour la seconde fois.
Il louvoya un peu à la hauteur de Vincennes et, à 3 heures
10, il atterrissait avec la plus grande facilité à la
terrasse de Chalais-Meudon, après être resté six
heures trente minutes dans les airs. conformément au programme
qui lui avait été fixé.
D'après les appareils enregistreurs, le dirigeable s'est élevé
jusqu'à 650 mètres d'altitude au cours de son voyage,
qu'on estime à plus de 200 kilomètres. Il avait emporté
420 kilos de lest, dont il dépensa 230 en cours de route ; il
lui restait donc 190 kilos de lest, ce qui lui eût permis de continuer
son voyage, s'il n'eût été limité par le
programme ministériel.
L'expérience a donc été couronnée de succès.
Ce voyage est le plus long qu'ait effectué la République,
depuis le 19 Mai, date de son gonflement.
En Juin et Juillet, le dirigeable fit, à Moissan, ses premières
sorties, piloté par M. Juchmès, emmenant, à plusieurs
reprise, M. et Mme Lebaudy.
Le 31 Juillet, il accomplissait le voyage de Moissan à Chalais-Meudon
; depuis, il ne se passa guère de jour qu'il ne sortît
et l'on n'a pas oublié son excursion, le 31 Août, à
Rambouillet.
Cette performance accomplie, le dirigeable République
est considéré comme étant tout à fait au
point. Les ingénieurs vont donner à présent tous
leurs soins au Lebaudy qui, agrandi et modifié, servira,
dès le 15 Septembre, à l'instruction des équipages
d'aérostiers.