L'AVIATION ET LA GUERRE

Première reconnaissance d'un aéroplane
au-dessus d'une ville assiégée
C'est au-dessus de la ville mexicaine de Juarez, assiégée
par les troupes révolutionnaires que l'aviateur américain
Hamilton a accompli ce raid audacieux.
Le héros de l'aventure a raconté son exploit. Il avait
obtenu d'Orozo, le chef des insurgés, la promesse que ceux-ci
ne tireraient pas sur lui, mais il ne savait pas quelle serait l'attitude
des troupes régulières assiégées dans la
ville de Juarez. Cependant il n'hésita point à «
prendre l'atmosphère » sur son biplan de 110 chevaux, s'élevant
tout de suite à mille pieds dès le départ d'El
Peso. « A peine eus-je traversé, dit-il, le Rio Grande,
me dirigeant vers Juarez, que le soleil fit briller à mes yeux
les baïonnettes des sentinelles qui patrouillaient le long de la
frontière et, au loin, à plus de vingt milles, la silhouette
de la ville assiégée. En m'approchant, j'aperçus
les factionnaires postés sur les toits des maisons des faubourgs,
les troupes embusquées derrière la ligne sombre des retranchements
ou disposant le réseau des défenses mobile en fil de fer.
Tous les toits des églises, ceux des théâtres et
de l'arène des courses de taureaux étaient couverts de
soldats, mais les rues étaient désertes, gardées
seulement de loin en loin par quelques postes. Jusqu'alors, je n'avais
pas attiré l'attention ; mais au moment où j'arrivais
au dessus des faubourgs, le ronflement de mon moteur fit lever la tête
aux factionnaires, qui disparurent tous à l'intérieur
des maisons. J'en profitai pour décrire deux grands cercles autour
de la ville ; les soldats, voyant que je me bornais à observer,
sortirent de leurs retraites ; quelques-uns me tirèrent des coups
de fusil, dont je vis la fumée, mais que je n'entendis pas, à
cause du bruit de ma machine. A ce moment, je voyais distinctement tous
les détails de la défense ; j'aurais pu jeter des bombes
avec la certitude de ne point manquer mon but, et je crois qu'aucune
arme n'aurait pu n'atteindre, car, si j'avais eu des intentions hostiles,
je me serais élevé à 2.000 pieds de haut... »