HOMMAGE A LA VICTIME DU TRAGIQUE ACCIDENT D'ISSY


M. Maurice Berteaux, ministre de la Guerre, tué par la chute d'un aéroplane, était un des plus fervents protecteurs de la science de l'Aviation.

On sait comment se produisit l'affreuse catastrophe où le ministre de la Guerre pendit la vie. Le matin du départ de la course Paris-Madrid tandis que le groupe officiel dans lequel se trouvaient M. Monis et Berteaux traversait la piste, un des aviateurs qui venait de s'envoler et dont l'appareil fonctionnait mal, descendit afin de régler son moteur. En voulant éviter un escadron de cuirassiers chargé du service d'ordre, l'aviateur vint tomber sur le groupe ministériel. Plusieurs personnes furent précipitées à terre sous l'appareil. On releva le président du Conseil grièvement blessé, et le ministre de la Guerre, mort, affreusement mutilé par l'hélice de l'aéroplane.
M. Berteaux en se rendant au départ de la course, avait voulu accomplir là un des devoirs qui lui étaient le plus chers, car il avait toujours favorisé de toute son influence et de tous ses encouragements, aussi bien au point de vue militaire qu'au point de vue civil, la science de l'aviation.
C'est une fatalité singulièrement cruelle qui voulût que le ministre trouvât une fin tragique en remplissant ce devoir.
Le symbolisme de notre gravure apparaîtra clairement à nos lecteurs. C'est la France, c'est l'armée, qui rendent hommage à la mémoire du ministre mort dans l'accomplissement de sa fonction. Et, dans ce ciel de rêve, c'est la science nouvelle qui continue son oeuvre, et qui s'élève vers l'étoile, vers l'avenir, vers le progrès.
Le tragique accident d'Issy ne saurait ralentir la marche en avant de cette science. Il n'est d'ailleurs pas le fait de l'aviateur, mais bien plutôt de l'imprudence des hommes: La leçon cruelle doit être retenue. Qu'on exige des foules moins d'impatience, plus d'ordre, plus de discipline aux abords des aérodromes. Qu'on force les hommes volants à prendre toutes les précautions pour ménager leur vie et celle des spectateurs qui viennent les admirer et les applaudir. Mais que rien ne vienne jamais entrava l'essor d'une science et d'une industrie qui sont l'orgueil de la France.

Le Petit Journal illustré du 4 Juin 1911