TAUREAUX LACHÉS CONTRE
LA FOULE

Des courses de taureaux qui ont eu lieu récemment
à Almada, dans la banlieue de Lisbonne, se sont terminées
par une scène où les rôles furent quelque peu intervertis.
Les tribunes étaient pleines et tout le monde attendait le merveilleux
spectacle que le directeur avait promis. Mais le public ne trouva pas
toréadors et taureaux à son gré et, furieux de
la déception, les spectateurs descendirent dans l'arène
et attaquèrent les toréadors, qui se défendirent
de leur mieux.
La foule, de plus en plus exaspérée, se mit à briser
les banquettes et voulut mettre le feu au bâtiment, construit
en bois. Le directeur eut alors l'idée de lâcher ses taureaux
sur les spectateurs.
L'apparition des animaux causa une vive panique dans l'assistance. Tout
le monde se précipita vers la sortie et, dans le tumulte, il
y eut de nombreux blessés.
VARIÉTÉ
Nos Stations Thermales
Une campagne en faveur des villes d'eaux
françaises. -L'exemple de l'étranger. - Patronages illustres.
- La France, pays des sources salutaires.
On mène en ce moment, en France, une
compagne active autant qu'opportune en faveur de nos villes d'eaux.
Nos médecins, nos hygiénistes observent avec raison que
nous ne tirons pas tout le parti que nous pourrions et que nous devrions
tirer de nos richesses naturelles. Et ils opposent à notre l'exemple
de l'Allemagne et de la Suisse.
En ces pays voisins, on ne ménage rien pour attirer les baigneurs
et les touristes. Certaines stations à peine fréquentées
il y a un quart de siècle y ont pris des développements
considérables grâce aux avantages multiples offerts aux
visiteurs. C'est qu'on y trouve les installations les plus modernes
à des prix raisonnables, les hôtels les plus confortables,
les plaisirs les plus variés.
Si bien que beaucoup de baigneurs français passent la frontière
et vont chercher dans ces stations ce qu'ils pourraient trouver tout
aussi bien, sinon mieux, dans leur pays.
L'Allemagne possède cent dix-huit stations climatiques, alors
que nous avons en France près de quatre cents établissements
thermaux dans lesquels on exploite plus de dix-neuf cents sources.
Malheureusement on ne les exploite pas toujours comme il le faudrait.
Les baigneurs d'aujourd'hui ne se contentent plus comme Mme de Maintenon,
à Barèges, en 1675, d'une simple petite chambre «
meublée d'un lit, d'une armoire et d'un fauteuil de bois »
; il leur faut plus de confort. ils ne se contenteraient pas non plus,
comme Mme de Sévigné à Vichy de regarder danser
les jeunes filles du pays au son de la musette. Il leur faut d'autres
divertissements.
Or, il faut bien reconnaître que, sauf quelques grandes stations
admirablement organisées pour le traitement aussi bien que pour
l'agrément des baigneurs, un trop grand nombre d'autres manquent
encore de confort et d'éléments de plaisir.
On observe, avec raison, que la cause de la prospérité
des stations d'outre-Rhin réside dans l'existence d'une taxe
payée par les baigneurs, et qui permet aux communes d'améliorer
sans cesse ces stations, d'y apporter tous les perfectionnements et
de faire la publicité nécessaire pour y amener l'étranger.
Chez nous, beaucoup de municipalités n'ont pas les ressources
nécessaires pour agir de même. Mais le principe de la «
cure-taxe » a été voté par la Chambre. Espérons
qu'établie chez nous, elle offrira à toutes nos stations
thermales les moyens de se lutter victorieusement contre la concurrence
des pays voisins
Il est à remarquer que les pouvoirs publics d'aujourd'hui s'intéressent
moins que ceux d'autrefois à la prospérité de nos
villes d'eaux.
Jadis, que de stations thermales durent leur vogue à la sollicitude
des rois ou des reines de France, des ministres et des seigneurs !
Il est une reine à laquelle il faut, à ce propos, rendre
hommage en passant : c'est Catherine de Médicis. Sa mémoire
est chargée d'assez de crimes : notons au moins l'influence bienfaisante
qu'elle eut sur la renaissance des villes d'eaux françaises.
On sait que jusqu'au XVIe siècle, chez nous, les stations thermales
que les Romains avaient connues et exploitées demeurèrent
ensevelies dans l'oubli. Or, il n'en avait pas été de
même en Italie. Les sources connues des Anciens n'avaient jamais
cessé d'être utilisées et la médication par
les eaux était toujours en honneur. Les Médicis apportèrent
en France leur confiance dans l'efficacité des eaux, et ce sont
eux qui firent revivre nos premières stations thermales.
C'est ainsi que Catherine de Médicis, stérile depuis dix
ans, fut envoyée par Fernel, son médecin, aux eaux de
Bourbon-Lancy. Un an plus tard, elle donnait naissance à un fils.
Dès lors, toutes les femmes « brehaignes » s'en furent
faire des cures dans la ville d'eaux que la maternité de la reine
avait remise à la mode.
En 1567, la même souveraine s'intéresse à une autre
source, celle de la Fontaine Vineuse, à Saint-Pardoux,
dans l'Allier. Cette source, disait-on, « rajeunissait de moitié
» ceux qui en faisaient usage. La reine voulut savoir ce que contenaient
les eaux de cette fontaine de Jouvence et chargea un autre de ses médecins,
Nicolaï, de les analyser.
On retrouve encore Catherine de Médicis aux eaux de Pougues.
Cette station fut, d ailleurs, une de celles que fréquentèrent
les souverains et la noblesse aux XVIe et XVIIe siècles.
Henri III, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, le prince de Conti y séjournèrent,
quelques-uns mêmes à plusieurs reprises.
La plupart de nos stations thermales célèbres doivent,
comme Pougues, leur renaissance ou leur vogue aux souverains d'autrefois.
Vichy, au XVIIe siècle, attirait déjà tout ce que
Paris comptait de malades illustres ; il en était de même
de Bourbon-l'Archambault où Louis XIV, en personne, se rendit
deux fois, et où Mme de Montespan passa les douze dernières
années de sa vie.
Forges fut mis à la mode par Charlotte de Montmorency, cette
délicieuse princesse de Condé pour laquelle le vieux coeur
déjà presque glacé du Vert-Galant s'était
un instant ranimé. Elle y vint la première en compagnie
de sa fille, celle qui devait être une des reines de la Fronde.
la bouillante Longueville, et son patronage assura le succès
de la station nouvelle.
Après elle, Louis XIII, , Anne d'Autriche, Richelieu vinrent
à Forges, et c'est de leur séjour que les trois sources
la Royale, la Reinette et la Cardinale tirent leur nom.
Barèges était tout à fait ignoré quand le
médecin Fagon y envoya le duc du Maine, fils de Louis XIV et
de Mme de Montespan. Du coup, la station fut connue et lancée.
Au XVIIIe siècle, nos délicieuses stations des Vosges
furent le rendez-vous de tout ce que la Cour comptait de personnages
illustres et brillants. Plombières est encore plein des souvenirs
du roi Stanislas.
Je n'en finirais pas s'il me fallait énumérer, ici, tous
les patronages illustres qui s'attachent à nos villes d'eaux
françaises.
***
La France est, entre tous les pays d'Europe, le plus favorisé
au point de vue des stations climatiques et des eaux thermales. Alors
que l'Allemagne ne possède de stations que dans la Forêt
Noire, dans le Tyrol bavarois et dans une contrée de la Saxe,
presque dans toutes les régions de France se trouvent des eaux
efficaces pour le traitement des affections les plus variées.
L'Ouest, seul, en est privé ; et encore la Normandie possède-t-elle
Bagnoles-de-l'Orne, au milieu d'une campagne délicieuse à
laquelle la beauté et la variété de ses sites ont
valu le nom de Suisse Normande.
D'autre part, l'Ouest n'a-t-il pas tout cet ensemble de plages merveilleuses
de la Normandie et de la Bretagne qui attirent le touriste plus encore
que les villes d'eaux les plus renommées.
Mais dans le Midi, quelle abondance d'eaux thermales ! Près de
soixante stations ! Partout, dans les Pyrénées, jaillissent
les eaux salutaires. C'est Dax, avec ses sources et ses boues alcalines
chaudes ; Cambo et ses sources sulfureuses tièdes ; Salies-de-Béarn
et ses eaux si chargées en chlorure de sodium qu'elles en renferment
255 grammes par litre alors que les eaux de la mer n'en contiennent
que 30.
Ce sont les Eaux-Bonnes et les Eaux-Chaudes situées au cœur
de la magnifique vallée d'Ossau.
C'est Cauterets avec ses innombrables sources ; Saint-Sauveur, suspendu
sur le flanc de la montagne de Luz ; Barèges, que domine un pic
pittoresque et que flanque un gave impétueux ; Bagnères-de-Bigorre,
assise au milieu d'un site merveilleux ; Luchon, l'une des plus délicieuses
stations thermales de notre pays.
Et ce, n'est pas tout : Dans l'Ariège ce sont Aulus, Ussat, A,
avec leurs sources chaudes ; dans les Pyrénées-Orientales,
le Gers, l'Aude, ce sont la Preste, Castera, Barbotan, Alet ; c'est
Lamalou, dans l'Hérault ; dans les Bouches-du-Rhône, Aix,
qui fut une des stations les plus florissantes des Gaules ; dans l'Ardèche,
Vals, qui possède plus de cinquante sources. Et partout, dans
la Drôme, dans la Lozère. dans l'Aveyron, partout des villages
où jaillit l'eau saine, alcaline, sulfureuse ou ferrugineuse,
et qui ne demanderaient qu'à se développer.
Le centre de la France n'est guère moins favorisé que
le Midi.. Le Cantal a d'excellentes sources alcalines.. Le Puy-de-Dôme
a Royat, dont un voyageur enthousiaste disait :
« Je n'ai jamais visité la célèbre vallée
de Tempé. Je ne la connais que par les récits des poètes.
Eh bien ! même en prenant à la lettre la description qu'ils
nous en ont laissée, je doute fort que, la vallée de Royat
lui soit de beaucoup inférieure. Là aussi vous trouvez
une splendide nature, des eaux vives et murmurantes, des cascades, des
grottes, de frais ombrages, tout ce qui peut en un mot charmer les yeux
et prêter aux plus douces rêveries. »
Voulez-vous un spectacle tout différent quoique non moins pittoresque
? Vous avez le Mont-Dore dont la vallée s'étend parmi
les anciens soulèvements du sol, les cratères, les coulées
de lave, le Mont-Dore qui, s'il faut en croire Sidoine Apollinaire,
était déjà au Ve siècle de notre ère
une station fréquentée.
Vous avez encore dans le Puy-de-Dôme, la Bourboule, Saint-Nectaire,
Châtel-Guyon, providence des entériteux.
Dans l'Allier, vous avez Vichy, l'une de nos plus anciennes stations,
l'une des plus belles et des plus illustres de l'Europe ; Néris,
qu'une légende dit avoir été fondé par Néron
; Bourbon-l'Archambault, dont la réputation remonte à
plus de trois cents ans.
En Saône-et-Loire, Bourbon-Lancy ; dans la Nièvre, Saint-Honoré
; Pougues dont un vieux médecin, Jean Banc, qui écrivait
en 1603, disait : « C'est la première potable médicamenteuse
qui ait été essayée en nostre France ».
Passons à l'Est : Voici Bourbonne et ses sources salines chlorurées
chaudes ; voici tout le groupe des délicieuses stations des Vosges
: Plombières, Luxeuil, Contrexéville, Bains, Bussang,
Vittel, Martigny.
Voici, dans le Jura, Salins ; dans l'Isère, Uriage et Allevard.
Enfin, dans la Savoie, Aix-les-Bains, la célèbre Aquae
Gratianœ des Romains, et dans la Haute-Savoie, Saint-Gervais,
au pied du Mont-Blanc, et Evian, dans un des sites les plus beaux et
les plus salubres qu'on puisse imaginer.
Le nord de la France lui même, cette région du Nord qu'on
croit à tort complètement déshéritée
au point de vue du pittoresque, ne l'est point complètement en
ce
qui concerne les eaux favorables à la santé. J'ai déjà
parlé de Forges. N'oublions pas que Pierrefonds, célèbre
par son châteaufort, a aussi des eaux sulfureuses, qu'Enghien
n'est pas seulement la villégiature des Parisiens en veine de
s'amuser, mais qu'on reconnaît à ses eaux une action médicinale
certaine.
Enfin, la Somme a la source ferrugineuse de Petit-Saint-Jean ; et le
Nord - oui le Nord lui-même, ce pays d'usines - possède
une jolie station située au milieu d'une superbe forêt,
Saint-Amand, jadis célèbre aux temps gallo-romains, très
fréquentée sous Louis XIV, et dont les eaux et les boues
sulfureuses mériteraient d'être mieux connues.
Parlerai-je de Paris ?... Oui Paris, naguère, fut station thermale.
E y eut autrefois, à Auteuil, des eaux minérales. Mais
la vraie station parisienne, ce fut Passy.
Passy avait un établissement thermal situé à l'endroit
où se trouve aujourd'hui le boulevard Delessert, près
du Trocadéro. Un médecin, nommé Le Givre, avait
découvert là, en 1658, une source ferrugineuse. Or, en
ce temps-là, le grand médecin, l'oracle d'Esculape, c'était
Fagon. Le Givre lui parla de sa découverte.
Fagon, qui soignait à ce moment la duchesse de Bourgogne pour
une maladie de langueur contre laquelle aucun remède n'agissait,
conseilla à la princesse de boire des eaux de Passy. Au bout
de quelques jours de traitement, la duchesse de Bourgogne avait repris
des couleurs et des forces.
Le roi, en apprenant les résultats de cette cure, en fut si satisfait
qu'il éleva de ses deniers un établissement thermal pour
permettre aux malades de suivre le traitement de Passy.
Mais il arriva ce qui devait arriver à cette station thermale
trop proche de la grande ville. La ville d'eaux se mua bientôt
en ville de plaisirs. Au début du XVIIIe siècle, un auteur
satirique, parlant de Passy, disait :
« On n'y vient guère que pour se divertir : au lieu des
eaux, on y boit les meilleurs vins et on y fait grande chère...
» Il ajoutait d'ailleurs : «,Ce séjour est délicieux
».
On continua pendant tout le siècle à y mener joyeuse vie,
et j'imagine que c'est à Passy que pensait Voltaire quand il
écrivait à propos des eaux :
« Elles guérissent de toutes choses : de l'ennui, du temps,
des vapeurs, d'un mari, d'une ride, d'un veuvage, d'un regret, d'un
amour.
» Elles guérissent le coeur, les nerfs et l'amour-propre,
toutes les maladies dont l'espoir guérit. Elles sont l'espoir
des femmes qui ne sont pas mères, le triomphe de celles qui sont
jolies, le théâtre des grandes faiseuses, le salon d'été
de la grande compagnie, l'hôpital le plus plaisant qu'il soit.
Les malades y sont d'ordinaire les mieux portants du monde. Ils ont
pour régime de s'habiller et de s'habiller encore, d'être
aux courses et aux visites, de risquer à tout propos leur santé,
leur repos et leur argent ; et, parfois, ils courent de si bon coeur
à la convalescence, qu'il leur faut, l'hiver, se guérir
des eaux. »
On trouva encore des eaux minérales à Batignolles, à
Belleville, à Grenelle.
Mais on a laissé se perdre et disparaître toutes ces sources.
C'est dommage dira-t-on... Mais seraient: elles fréquentées
aujourd'hui ? Qui consentirait, en ce temps de « bougeotte »
universelle, à faire une cure sans se déplacer !
Et puis la France est bien assez riche en stations thermales et sa capitale
assez fournie d'autres attractions pour que nous ne regrettions pas
Paris-Ville-d'Eaux.
Ernest LAUT.