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NOS GRAVURES

 

NOS GRAVURES
Nous publions aujourd'hui les deux séries de dessins de M. Georges Scout représentant les uniformes des armées en présence, - hormis ceux de l'armée russe, qui sont connus de tous en France.
Ces dessins ont été tirés en couleurs pour être distribués aux soldats qui se trouvent sur le front des troupes. Le ministère de la Guerre compte ainsi éviter de lamentables confusions, comme il s'en est produit en 1870 et plus récemment pendant la guerre balkanique, qu'il a suivie en qualité de fisamment renseignés tirer sur leurs frères d'armes et sur leurs alliés
M. Georges Scott, l'auteur de ces dessins, est le plus justement réputé de nos peintres militaires. On sait avec combien d'art et de vérité il a fixé les phases de la guerre balkanique, où l'on vit des hommes insuf- correspondant de l'Illustration ; et tout le monde se souvient du succès que remportèrent aux Salons ses portraits de souverains, notamment celui de S. M. George V, roi d'Angleterre, qu'il exposa il a quelques années.
Nous sommes heureux de pouvoir offrir à nos lecteurs la reproduction des deux pages de dessins de M. Georges Scott, qui constitue en ce moment des documents de la plus incontestable utilité et de l'intérêt le plus vif.

VARIÉTÉ

BELGIQUE ET FRANCE

La liberté belge et les Français. - Monument du souvenir. - Deux peuples frères.

Les armées belge et française fraternisent dans la même gloire. Le peuple de Belgique, accueille nos soldats avec enthousiasme. Une fois de plus se mêlent les destinées des deux peuples. A maintes reprises, au cours des siècles, Belgique et France, unies par les mêmes intérêts ou par les mêmes sentiments, combattirent ainsi côte à côte..
Jamais nos héroïques voisins n'oublièrent que c'est à la France qu'ils durent leur indépendance. Quand ils se révoltèrent, en 1830, contre le joug de l'étranger Paris lui-même venait de se soulever pour la liberté. Nos amis Belges avaient besoin d'un exemple pour s'insurger : ils le prirent chez nous.
C'est vers nous encore qu'ils se tournèrent quand il s'agit d'assurer l'indépendance qu'ils avaient conquise. On sait que cinquante mille Français passèrent alors ,en Belgique pour secourir la jeune nation.
Bien mieux, c'est au chant d'un opéra français que les Belges se soulevèrent : Le 25 août 1830, on jouait, à Bruxelles, au théâtre de la Monnaie, la Muette de Portici, opéra d'Auber qui met en scène la révolte de Masaniello et des Napolitains contre les Espagnols. Quand arriva le grand duo :

Amour sacré de la patrie.
Rends-nous l'audace et la fierté.
A mon pays je dois la vie,
Il me devra la liberté...

la salle entière se leva. Toute l'assistance entonna le chant patriotique. Ce fut le premier acte de la révolution.
Et quand il fallut un hymne national à la nation nouvelle, c'est encore un Français, l'acteur Jenneval, qui écrivit pour nos amis les vers de la Brabançonne.
Les Belges n'ont rien oublié de tout cela. Ils ont élevé, il y a vingt ans, à Tournai, un monument aux Français qui prirent part à l'indépendance de la Belgique. Élégant et superbe, ce monument se dresse sur une place qui porte un nom français, celui de Lille. A sa base se trouvent les écussons et les noms des neuf provinces Belges. Un bas relief en bronze, contournant le piédestal, représente les troupes du maréchal Gérard, marchant. vers Anvers. Au sommet de la colonne, une élégants statue symbolise la Belgique tendant une palme vers la France.
Au cimetière de Berchem-lez-Anvers, un autre monument perpétue le souvenir des soldats de France morts pour la liberté belge.
Mais la Belgique n'avait pas attendu l'érection de ces monuments pour nous prouver sa reconnaissance et son amitié.
Tout le monde en France sait combien fut noble et généreuse son attitude à notre égard en 1870. Elle fut alors pour nous une soeur, bien mieux, une soeur de charité ; et elle justifia pleinement l'hommage du poète

Saut, petit coin de terre
Si grand de bonté
Où l'on vous rend si légère
L'hospitalité.

Dans les grandioses manifestations économiques auxquelles elle convia l'étranger, la France eut toujours la première place. L'Exposition de Liège, celle de Bruxelles, celle de Gand, l'an dernier encore, ne furent-elles pas de grands succès pour la France autant que pour la Belgique elle-même ? Demandez à tous les Français qui ont parcouru la Belgique si, partout, même dans les coins perdus de la Campine ou dans les plus humbles villages du pays flamand, ils n'ont pas trouvé le meilleur accueil.
Telle une fée bienfaisante, la France a veillé sur la nation belge au berceau. La Belgique, aujourd'hui forte, et prospère, ne l'a point oublié. L'enthousiasme avec lequel elle accueille nos soldats, la fraternité qui unit sa glorieuse armée à la nôtre en sont de sûrs garants.
Cette collaboration à une même oeuvre de civilisation, de justice et de droit, ces dangers courus en commun, cette solidarité du champ de bataille resserreront encore les liens qui unissent les deux peuples et les feront frères plus étroitement encore que par le passé.
Ernest LAUT.

Le Petit Journal illustré août 1914