Le SUPPLÉMENT ILLUSTRÉ DU « PETIT JOURNAL »

reprendra, à partir de la semaine prochaine son grand format comme par le passé.

“ Va, moi fils ! Tu as la plus belle mort que l'on puisse souhaiter ”

 

 

Telles furent les paroles admirables, les paroles empreintes d'une résignation et d'une grandeur antiques que prononça le général de Castelnau devant le corps de son fils.
Le lieutenant Gérald de Castelnau, fils aîné du général de Castelnau, était grièvement blessé sur le champ de bataille où son père commandait.
Le lieutenant fut transporté auprès du général. En présence du père, entouré de tout son état-major, on s'empressa de prodiguer au jeune et vaillant officier les soins que comportait son état. Mais la blessure était extrêmement grave, et trois heures après avoir été atteint, le lieutenant rendit le dernier soupir.
Le général de Castelnau se pencha alors sur son enfant, l'embrassa et au milieu d'un silence solennel et douloureux, il dit :
« -Va mon fils ! tu as la plus belle mort que l'on puisse souhaiter.
» Je te jure que nos armées te vengeront en vengeant toutes les familles françaises. »
Et ayant recouvert de son mouchoir le visage de son enfant, il fit le salut militaire et se retira.

VARIÉTÉ

L'enseignement du patriotisme

La première classe. - Les dangers de l'Internationalisme. - L'éducation patriotique à travers le Monde.

Suivant le voeu de M. le ministre de l'Instruction publique, c'est par une leçon sur le patriotisme que, dans toutes les écoles de France, s'est ouverte la nouvelle année scolaire.
« Je désire, avait-il dit dans sa lettre aux recteurs, que le jour de la rentrée, dans chaque ville et chaque classe, la première parole du maître aux élèves hausse les coeurs vers la Patrie et que sa première leçon honore la lutte sacrée où nos armes sont engagées.
Et il fait ainsi fait. « Dans tout le pays à la même heure, les fils de France ont vénéré le génie de leur nation et salué l'héroïsme sure de ceux qui versent leur sang pour la liberté, la justice et le droit Humain. »
Leçon excellente, mais qui, pour être féconde, ne doit pas être faite une seule fois et parce que les circonstances la commandent, leçon qu'il faut recommencer sans cesse et développer, sans relâche, car de toutes les matières d'enseignement, l'enseignement de la Patrie est le plus nécessaire ; celui qui doit passer avant tous les autres.

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C'est pourtant, il faut bien l'avouer, celui qu'en ces dernières années, on avait peut-être de plus négligé dans nos écoles.
Le pacifisme, l'humanitarisme, l'internationalisme, qui triomphaient dans certains milieux politiques influents, avaient singulièrement agi sur l'esprit d'un trop grand nombre de nos pédagogues.
On parlait plus volontiers aux enfants de l'amour de l'humanité que de l'amour de la patrie. L'histoire-batailles, comme on disait en jargon pédagogique, - avait été quasiment mise au ban de l'enseignèrent. Non seulement on supprimait les guerres du cours d'histoire, mais on se gardait même de montrer aux écoliers la moindre image guerrière.
Un instituteur me disait à ce propos il y a quelques années : « J'avais dans ma classe quelques tableaux représentant des batailles célèbres de la Révolution et du Premier Empire : Jemappes, Marengo, Austerlitz, Iéna, quelques autres encore. Un jour, M. l'inspecteur primaire me prit a part et ne dit :
« - Vous devriez bien enlever ces tableaux que vous avez là. Ces batailles de l'Empire vous savez, il est préférable de ne pas afficher ça.
« - Bien ! Monsieur l'inspecteur je vais les enlever. Mais ne pourrais-je pas laisser Jemappes ? C'est une victoire républicaine.
« - Évidemment, c'est une victoire républicaine, mais c'est une bataille. Il ne faut pas montrer des batailles aux enfants. Croyez-moi, mon ami, enlevez tous ces tableaux et remplacez-les par des sujets pacifiques... Ça vaudra mieux. »
Voilà à quel point la criminelle folie des pacifistes outranciers avait parfois influencé notre enseignement. On en arrivait à tenir nos enfants dans l'ignorance de notre passé glorieux. Sortis de l'école après quelques années d'une telle éducation, les petits Français n'eussent rien su de l'histoire militaire de leur pays. C'est été, d'ailleurs, le plus clair et l'unique résultat de cette méthode d'enseignement. Car, en vérité, il eût fallu que nos pédagogues pacifistes fussent plus naïfs que de raison pour s'imaginer qu'ils supprimeraient la guerre dans l'avenir en n'en parlant pas dans le présent.
En tous cas, s'ils ont eu cette illusion puérile, les événements actuels ont dû les détromper cruellement.
De telles méthodes, voyez-vous, n'ont d'autre effet que d'endormir un peuple dans une fausse sécurité et de le préparer à la servitude.
Je lisais dernièrement un extrait du grand ouvrage sur la guerre et la stratégie de Clausewitz, le fameux écrivain militaire allemand. C'était la description morale, peut-on dire, de la Prusse au début du dix-neuvième siècle :
« on ne songeait alors, dit Clausewitz, qu'au bonheur universel, à la paix éternelle, à la fraternité des peuples... Le sentiment national avait disparu et, avec lui, les passions solides et saines, le feu sacré et l'amour violent de la Patrie. »
Le résultat de cette mentalité pacifiste, vous le connaissez : ce fut Iéna, et la conquête de la Prusse par les armées françaises.
Et c'est celui qui nous eût attendus si le peuple de France n'avait été assez énergique et assez sensé pour fermer l'oreille aux suggestions de tous les empiriques et de tous les songe-creux de la paix universelle et du désarmement.

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Dans tous les pays où le sentiment national passe avant les rêvasseries de l'humanitarisme universel, l'enseignement de la patrie tient la première place dans l'éducation de la jeunesse
En Allemagne, l'instruction donné aux enfants dans les écoles primaire est profondément patriotique. L'instituteur est patriote avant tout. Après élections de 1907 au Reischtag ou les socialistes subirent de terrible échecs, le célèbre orateur socialiste Bebel s'écriait : « L'instituteur s'est déchaîné contre nous. »
C'est qu'on avait essayé d'endoctriner le pays avec les billevesées internationalistes ; et l'instituteur s'était élevé contre elles. Ce fut, pour les socialistes allemands, une leçon dont ils profitèrent. Désormais, ils rayèrent internationalisme de leur programme et ne manquèrent jamais une occasion de proclamer qu'en cas de guerre ils seraient Allemands avant tout.
On sait s'ils ont tenu parole.
Savez-vous ce qu'on apprend à l' école aux petits Allemands. Ce n' est pas l' internationale, je vous prie de le croire : c' est Deutschland über alles ! ( L'Allemagne au-dessus de tout ! )
« L'Allemagne, l'Allemagne au-dessus de tout, dans le monde - si elle reste fraternellement unie pour la défense comme pour l'attaque - de la Meuse au Memel, de l'Adige au Belt - L'Allemagne, l'Allemagne au-dessus de tout dans le monde ! »

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M. Georges Goyau rappelait, il y a quelques années, dans un important, travail sur l'école primaire et le patriotisme, le mouvement qui se produisit, voici quelque vingt ans dans le personnel enseignant de l'Angleterre. Les instituteurs anglais s'avisèrent alors, non pas, comme les internationalistes de chez nous, qu'on enseignait trop la Patrie dans les écoles, mais au contraire, qu'on ne l'enseignait pas assez.
L'un d'eux réunit dans une grande conférer tous les instituteurs publics de Londres, et l'assemblée demanda qu'on fit une part plus grande à l'enseignement du patriotisme dans les écoles.
Comme suite à ce vœu le conseil scolaire de Londres fit placer le drapeau national dans toutes les classes, au-dessus de la chaire du maître, et décida que tous les mois une cérémonie aurait lieu en l'honneur de cet emblème sacré.
Quelques années plus tard, pareille décision fut prise dans les écoles d'Ecosse.
En Belgique, et 1908, le gouvernement décida de créer dans les Athénées et collèges des cours de patriotisme.
« Sans vouloir développer un nationalisme étroit et mesquin, disaient les promoteurs de cette création, on comprend que le sentiment de notre valeur comme nation doit être fortifié. »
Et c'est dans le but de fortifier ce sentiment le plus respectable de tous, que ces conférences furent créées.
Le sujet de la première était ainsi exposé :
« Ne convient-il pas de faire connaître d'une façon plus complète, plus systématique, aux élèves de nos écoles secondaires, la part prise par la Belgique et les Belges au progrès des sciences, des lettres, des arts, de l'industrie et du commerce ? »
Un peuple dûment édifié sur sa valeur, sur son passé glorieux, n'en lutte que mieux pour perpétuer cette gloire et pour assurer son existence nationale. L'admirable héroïsme des Belges n'est-il pas le témoignage le plus éclatant de cette vérité ?

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Mais faut-il aller chercher plus loin des exemples de l'utilité le l'enseignement patriotique à l'école ?
Un de nos confrères, M. Weulersse, qui habita jadis le japon. avant la guerre, russo-japonaise, raconte qu'il vit un jour un instituteur marquer en noir sur la carte de Chine la presqu'île du Liao-Toung. C'est ainsi que faisaient pour l'Alsace et la Lorraine, les instituteurs allemands avant 1870.
M. Weulersse raconte encore qu'il vit un autre instituteur japonais habituer les enfants à marcher nu-pieds dans la neige, afin qu'ils fussent capables de fouler bientôt le sol de la Mandchourie et de la Sibérie.
« Ces instituteurs, dit le voyageur, étaient deux précurseurs : ils jalonnaient les routes prochaines des flottes et des armées. »
Tel est l'enseignement du patriotisme chez les peuples forts. Tel doit-il être chez nous désormais, non point par mesure exceptionnelle décrétée par un ministre, mais constamment, régulièrement, méthodiquement, et tout aussi bien en temps de paix qu'en temps de guerre.
Ernest Laut.

Le Petit Journal illustré du 18 octobre 1914

Conseils Pratiques

La Solidarité et l'Économie sont deux choses qui s'imposent absolument à l'heure présente. Je ne veux donc parler jusqu'à nouvel ordre que des questions d'assistance mutuelle et de la sainte parcimonie qui fait tirer parti de tout dans le but d'aider plus pauvre plus souffrant que soi.
Pour confectionner des oreillers, des couvre-pieds, des plastrons protecteurs de la poitrine et du dos, utiliser soit le papier coupé en petits « copeaux », soit la charpie de n'importe quels tissus de coton ou de laine que la couleur, la qualité ou l'usure, rendent impropres aux pansements. Ces débris remplacent l'ouate presque à mérite égal.
Pour prolonger la durée du feu dans la cheminée ou dans tout appareil de chauffage, mouiller tous les vieux papiers et cartonnages au rebut, en faire simplement à la main d'assez gros « boulets » et en couvrir le foyer quand il est bien ardent.
Les enfants pourront apprendre à tricoter en faisant des bandes toutes droites pour remplacer en certains cas le crêpe ou la toile. 4 mètres de long sur 8 cent. de large, environ.

Cousine Jeanne.