Une héroïne russe

LA FEMME COSAQUE

La femme slave prend volontiers sa part des périls de la guerre. On sait que dans l'armée serbe, pendant la guerre contre la Turquie maintes femmes se firent remarquer par leur courage.
Dans l'armée russe, en ce moment, on compte plusieurs femmes.
Dernièrement, à l'hôpital de Kiew, arrive un petit cosaque blessé.
Lors d'une récente bataille, ce petit cosaque avait recueilli un grand diable de fantassin qu'un éclat d'obus avait couché. Il l'avait emporté sur sort cheval rapide, et, comme il galopait vers une ambulance, une balle l'avait atteint lui-même.
Il fallut alors évacuer sur Kiew avec les autres blessés le grand fantassin et le petit cosaque.
Et à l'hôpital on reconnut que ce petit cosaque était une toute jeune femme. Son mari est officier. Lui parti, elle s'ennuyait à la maison ; et, pour se distraire, elle s'était engagée comme volontaire à la suite d'une « sotnia ».
Mais la femme cosaque la plus célèbre est Mme Koudacheff, l'exploratrice bien connue.
Elle a été versée dans l'armée du général Rennenkampf, où elle est attachée au service des reconnaissances.

VARIÉTÉ

LES FEMMES ET LA GUERRE

Les combattantes - Les ambulancières. -L'énergie d'une femme : Mme Macherez à Soissons. - Les femmes à la caserne.
Le sentiment du devoir et l'amour du pays.

Lamartine, parlant des femmes en temps de guerre, disait : « Par la pitié, elles se dévouent, par l'enthousiasme, elles s'exaltent. Exaltation et dévouement, n'est-ce pas là tout l'héroïsme ? »
Toutes les nations ont dans leurs annales quelques traits de cet enthousiasme féminin, qui poussa les héroïnes aux armées et fit parfois d'une femme la libératrice de sa patrie. Mais aucune n'en a autant que notre pays. Si la miraculeuse figure de Jeanne d'Arc domine de cent coudées et rejette dans l'ombre toutes celles des autres guerrières françaises, celles-ci n'en sont pas moins innombrables. Leur seule énumération emplirait nos colonnes. Depuis Velléda, depuis les femmes gauloises et les femmes franques qui suivaient leurs époux et leurs frères au combat, dans toutes les guerres où leurs foyers furent menacés on vit des femmes françaises se lever pour les défendre.
On en vit chevaucher sur les routes interminables qui menaient en Palestine à la suite des chevaliers croisés. On en vit, pendant la guerre de Cent Ans, qui prenaient la place de l'époux mort ou prisonnier, et défendaient leur castel ou menacent leurs troupes au combat. Les guerres de religion, la Fronde suscitèrent un nombre incalculable d'héroïnes. Quant aux guerres de la Révolution, elles précipitèrent aux armées des familles entières, hommes, femmes, enfants, tous volontaires prêts à mourir pour le salut de la République.
Au mois de juillet dernier huit jours avant qu'éclatât la guerre, nous inaugurions à Mortagne du Nord, sur cette frontière franco-belge, témoin des luttes les plus glorieuses et les plus acharnées, un monument aux soeurs Fernig, les héroïnes de Jemappes. Ce fut une cérémonie modeste - trop modeste car le gouvernement français n'avait pas cru devoir s'y associer - mais où Français et Belges communièrent dans l'admiration des deux filles glorieuses qui avaient si vaillamment combattu pour l'honneur de la France et pour l'indépendance de la Belgique.
Quelques jours plus tard, comme au temps de Jemappes, Belges et Français se retrouvaient côte à côte devant la Meuse unis pour la cause de la civilisation et du droit.
Dans les guerres du premier et du second empire, que de dévouements féminins se manifestèrent ! On sait quel fut le rôle de toutes ces vivandières, qui, tantôt faisaient le coup de feu comme de braves soldats, tantôt, transformées en soeurs de charité, soignaient les blessés à l'ambulance ou leur portaient secours sous le feu de l'ennemi.
On ne célébrera jamais assez l'héroïsme et l'abnégation des femmes de l'Année Terrible, volontaires engagées dans les corps francs, receveuses des postes assurant leur service sous le feu de l'ennemi, ou même simples ménagères parisiennes qui souffrirent sans se plaindre toutes les horreurs du siège, et dont Victor Hugo disait :

Sous l'étreinte inhumaine,
L'homme n'est que français mais la femme est romaine,

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Les enthousiasmes guerriers sont aujourd'hui interdits aux femmes, mais il leur reste le droit au dévouement et à la pitié et c'est un droit qu'elles exercent mieux que jamais.
Les sociétés de la Croix-Rouge, les y ont admirablement préparées. Sait-on que ces sociétés, depuis une vingtaine d'années, ont fait l'éducation de quarante-mille Françaises environ. Elles leur ont appris, dans leurs dispensaires, les règles de l'hygiène et la science des pansements. Bien avant cette guerre, nombre d'entre elles étaient allées au Maroc exercer leur mission de pitié ; et elles y avaient servi doublement la cause française, en soignant non seulement les soldats de France, mais encore des indigènes, dont elles éveillèrent ainsi la sympathie et la reconnaissance pour notre pays.
Le rôle de ces femmes qui luttent obscurément dans les hôpitaux et les ambulances, contre la souffrance et la mort, n'est pas moins héroïque que celui des combattants. Songe-t-on à tout ce qu'il faut de courage et de sang-froid pour vivre jour et nuit au milieu des horreurs que la guerre a causées, pour voir sans cesse couler le sang, pour entendre les plaintes et trouver, avec les soins qui soulagent, les paroles qui consolent.
Les femmes de France ont toujours excellé dans ce rôle qui exige de la vaillance, de la bonté, du dévouement. En 1871, après la guerre, au moment où les troupes allemandes allaient regagner leur pays, le médecin en chef d'un corps allemand, vint trouver la directrice d'une ambulance française où des blessés ennemis avaient été admirablement soignés et guéris.
- Madame, lui dit-il, nous ne voulons pas quitter le sol de France sans venir vous remercier, non seulement au nom de la nation allemande, mais au nom de l'humanité ; vous nous avez forcés à nous incliner également devant la charité et devant le patriotisme des femmes françaises.
Les blessés allemands soignés aujourd'hui dans nos ambulances pourront, s'ils ont quelque sentiment de la reconnaissance, rendre pareil témoignage aux ambulancières françaises. C est encore une des vertus de ces femmes admirables. Elles ne font point de catégories entre ceux qui souffrant, et elles soignent avec le même dévouement amis et ennemis.
Pouvons-nous espérer qu'il en est de même de l'autre côté de la frontière ?...

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Mais les énergies féminines ne se seront pas seulement manifestées, dans cette guerre, au chevet des blessés. La guerre finie, nous saurons sans doute combien elles ont empêché de pillages et de déprédations. Il est plus d'une de nous villes envahies où, les hommes ayant dû fuir pour éviter d'être emmenés en Allemagne, ce sont les femmes qui défendirent seules leur foyer et leurs biens contre les convoitises de l'envahisseur.
Combien d'entre elles furent victimes de ses brutalités !
On vit même parfois des femmes prendre la place de magistrats municipaux défaillants et sauver leur cité du pillage et de la destruction.
Tel fut le rôle rempli par Mme Maclerez, à Soissons
Cette ville avait été abandonnée par les autorités locales. Quand les Allemands s'y présentèrent, Mme Macherez, veuve d'un ancien sénateur de l'Aisne, eut le courage d'aller au devant d'eux et d'assumer la mission périlleuse que les représentants de la ville avaient abandonnée.
- Où est le maire ? demanda le major allemand.
- Je n'en sais rien. Mais si le maire n'est pas là, je n'offre à le remplacer, et je réponds de tout.
- Il me faut le maire, reprit le Prussien. Trouvez-le ou je vous fusille.
- Eh bien, fusillez-moi, répondit Mme Macherez.
Surpris par l'énergie de cette noble femme, l'Allemand s'adoucit et consentit à traiter avec elle. Mme Macherez discuta pied à pied les conditions de l'occupation et tint tête à l'ennemi. Elle parvint par son attitude à en imposer à la soldatesque teutonne et à préserver la ville des déprédations dont elle n'eût pas manqué d'être victime si les envahisseurs n'avaient pas trouvé à qui parler.
Combien d'hommes n'eûssent pas montré, en pareille circonstance, l'énergie virile de cette femme !

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Si la guerre avait été retardée de quelques années, nous aurions peut-être vu les femmes allemandes y prendre leur part.
Le service militaire féminin est, en effet, un problème qui passionne nos ennemis. Préoccupés de mettre en ligne le plus grand nombre possible de combattants, ils pensent depuis longtemps déjà à confier aux femmes tous les services administratifs de l'armée, afin de réserver uniquement aux hommes le rôle actif de combattants.
Dès 1905, un projet avait été soumis dans ce but au gouvernement allemand.
L'auteur de ce projet disait :
« L'homme paie sa dette à la patrie ; puisque la femme veut être son égale, que ne paie-t-elle pas la sienne ? »
Ce principe posé, il réclamait le service obligatoire pour les femmes. A l'âge de la conscription, elles eussent passé devant un conseil de révision chargé de choisir les sujets normaux de corps et d'esprit. Voici la soldate (excusez ce féminin ) à la caserne. On l'instruit dans les services auxiliaires, on la dresse à la discipline, à l'ordre, à l'exactitude. On l'initie, en même temps, à toutes les obligations de la femme dans le mariage, afin, que, sortie du régiment, elle soit une ménagère parfaite et ne manque pas d'apporter dans son ménage toutes les vertus.
Bien entendu, elle porte un uniforme. En Allemagne, où les moindres fonctionnaires ont une tenue, cela va sans dire.
Ce rêve du caporalisme appliqué à la plus belle moitié du genre humain ne manqua pas d'être repris par les suffragettes d'outre-Rhin. Celles-ci, l'an dernier, renouvelèrent le projet. Elles demandaient à passer deux années à la caserne, et à y exercer les fonctions réservées à leur sexe. Magasins d'habillement, buanderies, infirmeries eussent été leur domaine.
C'est le plus sérieusement du monde qu'on agitait ces questions en Allemagne.
Et, peu de temps avant la guerre, l' « Union des femmes patriotes du Rhin inférieur » décidait de faire des démarches auprès du gouvernement pour que les femmes allemandes fussent enrôlées en temps de paix comme en temps de guerre.
Rendons cette justice aux femmes de France : elles n'ont jamais pensé qu'il fùt pour elles nécessaire d'aller à la caserne pour apprendre leur devoir vis-à-vis du pays. Au temps, des Croisades, déjà, elles le pratiquaient sans avoir eu besoin de l'apprendre. Les historiens nous montrent les femmes nobles suivant l'armée, et parcourant les champs de bataille après la mêlée, un vase d'eau fraîche sur l'épaule pour étancher la soif des blessés et panser leurs plaies.
Aujourd'hui, sans qu'il ait fallu les enrégimenter, les femmes de notre pays continuent à se consacrer à cette pieuse et, héroïque mission.
Et, pour qu'elles accourent quand l'intérêt du pays l'exige, point n'est besoin qu'on les appelle à la caserne. Elles ont pour se dévouer spontanément à l'oeuvre d'héroïsme et de pitié deux raisons suffisantes : le sentiment du devoir et l'amour du pays.
Ernest LAUT.

Le Petit Journal illustré du 15 novembre 1914

Conseils Pratiques


Pour des raisons trop longues à développer ici, il a été décidé que le deuil des Morts pour la Patrie, ne serait pas porté avec l'austérité des deuils ordinaires. Pas de longs voiles, pas de grands châles, pas d'exagération de crêpe. Ceci est un hommage et une manifestation dont il faut comprendre, le sens. La Famille française donne ses fils à la Patrie... Ceux-ci sont des « Héros » qu'on ne doit pleurer que dans le secret de son coeur. Leur fin est un sacrifice glorieux dont nous avons, le droit de souffrir, mais que notre devoir est d'accepter.
Par conséquent, toutes celles d'entre nous qui seraient empêchées pour des causes quelconques de se faire la « toilette de deuil » habituelle, sauront qu'elles se maintiennent dans la « note juste »...
Les robes noires, les robes teintes avec un peu de crêpe, ce qu'il en faut pour consacrer le caractère de la mise, seront utilisées sans frais. Entre deux dépenses, mieux vaut restreindre celle qui profiterait à un commerce, hélas ! trop prospère en ce moment, et reporter l'économie réalisée sur les industries et les gens qui souffrent.

Cousine JEANNE.