Les femmes et la guerre

Les charpentières de l'armée
britannique
Avant la guerre, les femmes avaient commerce
a conquérir un peu partout leur place dans les professions considérées
naguère comme exclusivement masculines.
En Amérique surtout, l'invasion féminine avait commencé
réellement à se produire dans la plupart des professions
réservées au sexe fort.
Du dernier recensement des États-Unis;, il ressort que, dans
ce pays, près de six millions de femmes gagnent leur vie. Et
les métiers qu'exercent ces six millions de femmes ne sont pas
toujours des métiers féminins.
Il y a beau temps que l'Amérique a des femmes chauffeuses d'automobiles.
Elle aurait même, à ce qu'il paraît, une chauffeuse
de locomotive.
Parmi les métiers imprévus qu'exercent les femmes en ce
pays, on trouve 84 femmes ingénieurs, 100 gardes-forestières
et 2 couvreuses de toits.
Elles peuvent prétendre librement à toutes les professions
et atteindre aux plus hautes fonctions administratives.
L'Angleterre ne le cède guère aux États Unis en
ce qui concerne les métiers singuliers exercés par des
femmes.
Une statistique - il faut bien s'en rapporter aux statistiques - nous
apprend qu'il y a dans le Royaume-Uni plusieurs centaines de femmes
qui sont matelots, pilotes ou débardeurs. On en trouve même
quatre qui, sont qualifiées « valets d'écurie ».
Une autre statistique nous apprend qu'il y a chez nos Alliés
au moins 200 women-travallers - femmes commis-voyageurs.
Les circonstances actuelles ont développé encore l'action
des femmes dans les professions masculines, aussi bien en Angleterre
qu'en France.
Il a bien fallu remplacer les hommes partis à la guerre Et les
femmes s'y sont mises. Elles s'y sont mise avec ardeur, avec un sens
profond des nécessités de la vie.
Nous avons rapporté naguère ici le mot d'un de nos plus
célèbres économistes qui disait :
« Si nous mangeons du pain, c'est aux femmes des campagnes françaises
que nous le devons. »
Un peu partout, en effet, ce sont des femmes qui, en 1915 et en 1916,
ont ensemencé et récolté la moisson. Il existe
même plus d'un village où, depuis deux ans, ce sont des
femmes qui font le pain, et qui l'ayant fait, vont le porter à
domicile. Héroïques à leur manière, ces femmes
travaillent nuit et jour pour faire honneur à leurs affaires
et rendre la maison prospère au mari quand il reviendra.
En Angleterre comme chez nous, les femmes ont mis la main à la
pâte, au propre comme au figuré. On nous signale même
qu'elles viennent de conquérir une nouvelle profession masculine.
Des femmes anglaises se sont faites charpentières ; et c'est
une équipe d'entre elles qui vient en France construire les baraquements
nécessaires aux cantonnements des troupes britanniques.
Vingt de ces femmes sont arrivées récemment ; et déjà
elles travaillent de leur métier près d'une base militaire
de l'armée anglaise.
Un de nos confrères, qui leur rendit visite, s'étonnait
de les voir entreprendre un si rude métier « Les Belges
et les Françaises, dirent-elles, nous ont donné l'exemple
; plusieurs d'entre elles travaillent déjà en France pour
le compte de notre maison. L'apprentissage n'est pas long. On nous avait
d'abord offert des outils plus légers ; mais le marteau des hommes
fait de meilleur ouvrage ; nous n'en voulons pas d'autre. - Que faisiez-vous
avant la guerre ? - J'étais chauffeuse, dit l'une d'elles ; mais
mes compagnes n'avaient pas toutes un état si sportif ; les unes
sont bien des paysannes, mais d'autres viennent de Londres où
elles étaient couturières et modistes. »
On pense bien que des charpentières ne vivent que de loin les
modes de la rue de la Paix. Sur le faîte d'un toit, une jupe serait
embarrassante, fût-elle bouffante et à godets. Elles portent
la large culotte qui est de tradition dans l'état de saint Joseph
et dont les vastes poches, d'où l'on voit émerger un mètre
ou une équerre, servent de boîtes à outils. Cette
culotte est de velours à côtes suivant l'usage, mais, à
cause de la proximité du front, on a tenu à la rendre
moins visible ; le velours est de couleur khaki.
Les charpentières anglaises, travaillent de 8 heures du matin
à la nuit. Leur salaire est de 25 à 35 shillings par semaine.