Le général Pont


Major général des Armées du Nord et du Nord-Est

Le général Pont, major général des armées du Nord et du Nord-Est depuis le 20 décembre 1916, appartient à l'arme de l'artillerie.
Au moment de la mobilisation, le lieutenant-colonel Pont était chef du 3e bureau au ministère de la Guerre. Il fut alors placé tête du 3e bureau de l'état-major général. On sait quelles sont les attributions de ce ce bureau, chargé des opérations, et l'on peut imaginer le travail qui lui incomba, particulièrement au début de la campagne : retraite, victoire de la Marne, bataille de l'Yser, organisation des positions fortifiées.
Nommé colonel en novembre 1914, chargé des fonctions d'aide-major général des opérations en juin 1915, puis général de brigade à titre temporaire le 11 octobre 1915, 1e général Pont n'a pas cessé de prendre une part active à l'élaboration de la tactique exigée par la nouvelle forme de la guerre.
Le 28 janvier 1916, il fut nommé au commandement de la 11e brigade, et le 30 avril à celui de la 6e division d'infanterie, à la tête de laquelle il prit part à la défense de Verdun et combattit à Vaux, Thiaumont et Bezonvaux, Nommé général de division le 16 décembre 1916, il fut rappelé le 20 décembre au Grand Quartier Général pour y prendre les fonctions de major général.

VARIÉTÉ

Fortunes rapides


Nouveaux riches. - « Il n'y a que le premier million qui coûte. » - Les inventeurs qui ont réussi. - La fortune va moins au génie qu'aux parasites du génie.

On parle beaucoup des « nouveaux riches » car la guerre qui ruine les uns enrichit les autres. Tel industriel dont l'industrie marchait cahin-caha naguère, tel commerçant modeste, tel homme d'affaires habile que les circonstances n'avaient pas favorisé, devenus fournisseurs de l'État, ont fais soudain de brillantes fortunes. Les voilà millionnaires.
D'aucuns s'imaginent que les commerces de luxe ont été, du fait de la guerre, plongés dans le marasme. Il n'en est rien. Il faut bien que les nouveaux riches se meublent, se parent, dépensent leurs revenus. Un chroniqueur racontait l'autre jour cette anecdote :
Une dame d'allure bourgeoise, simplement mise, avec un petit air timide, entre chez un des plus somptueux joailliers de la rue de la Paix et se fait montrer des colliers de perles.
- Combien celui-ci ?
C'est le plus beau : un splendide collier de sept rangs de perles du plus pur orient.
-Cent mille francs.
La dame, d'un modeste sac de cuir usagé tire cent billets de mille, emporte l'écrin, monte dans un taxi et s'en va.
C'est une nouvelle riche qui vient de s'offrir sa première fantaisie.
Combien de gens qui, naguère, eussent à peine osé rêver l'aisance, connaîtront, grâce à la guerre, l'opulence, et auront vu, en moins de trois ans, s'échafauder, sur 1a douleur hélas ! et la misère d'autrui, leur prodigieuse fortune !
La richesse n'est pas toujours le fruit de longs efforts. Elle arrive plus souvent quoi ne le croit par un coup heureux du destin. Et, pour certains, la guerre aura déclenché cette faveur du sort.
Aux États-Unis, avant la guerre, il y avait, suivant la statistique, 4.100 personnes ayant plus d'un million de dollars, c'est-à-dire plus de cinq millions de francs.
Après la guerre, il y en aura 500 de plus. Telle firme de poudre a distribué en 1915 un dividende de 200 % à ses actionnaires. Telle autre fabrique de poudre sans fumée fait un bénéfice net de 1.600 000 francs par semaine. Telle fabrique de canons qui produit plus que Krupp et le Creusot, a gagné, dans la seule année 1915, 225 millions, dont le directeur a touché le dixième. Une maison de Brooklyn fabrique 15.000 obus par jour, qui laissent un profit de 450.000 fr.
La guerre a tellement développé l'industrie en ce pays que certaines villes manufacturières dans lesquelles se trouvent des fabriques d'armes et de munitions, ont vu, en moins d'un an, doubler leur population ouvrière.
Jugez par là des fortunes réalisées.

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Il ne faudrait pas conclure de ceci que la guerre seule engendra de « nouveaux riches » et que les fortunes rapides ne se créent qu'à la faveur des massacres et des bouleversements.
L'activité et l'ingéniosité humaines, et aussi, disons-le, la chance amènent, en temps de paix comme en temps de guerre de pareils résultats. Ils font moins scandale en temps de paix, voilà tout !
Nous en aurions maintes preuves, sans quitter l'Amérique, et en passant en revue seulement l'histoire de quelques milliardaires des États-Unis.
Presque toujours, on trouve au début de ces énormes fortunes quelque chose de hasardeux et de providentiel. Un coup de veine a amené le premier million. Et, comme disait un jour le milliardaire Richard Copians, il n'y a que le premier million qui coûte : les autres viennent tout seuls.
Astor, le premier de la dynastie, simple petit représentant d'une maison anglaise aux États-Unis, s'avise d'acheter des fourrures aux Indiens et aux trappeurs du Canada et de les revendre à New-York. Il amasse rapidement 250.000 dollars avec lesquels il spécule sur les terrains de la ville. En quelques années, il est à la tête d'une fortune colossale.
Titus Salt, auquel Bradfort, devenue grâce à lui une grande ville industrielle, a élevé une statue, n'était qu'un simple courtier en laines. Ayant acheté une grande quantité de bourre de laine dont il ne pouvait se défaire, et se trouvant, de ce fait acculé à la ruine, il se mit à chercher les moyens d'utiliser cette bourre vaille que vaille. Après quelques essais, il trouva une combinaison et arriva à fabriquer, avec ce produit de peu de valeur, une étoffe fine et soyeuse qui eut une vogue considérable. Sa fortune était faite. Elle était sortie, chose singulière, d'une affaire que, tout d'abord, i1 avait pu croire désastreuse.
George Flower, modeste fermier d'Amérique, avait acheté à vil prix tous les terrains d'une plaine. Sa ferme prospéra vite. Il revendit ses champs avec un énorme bénéfice et devint millionnaire en quelques années. Là, s'élève aujourd'hui Chicago.
Revenons en Europe. Est-il histoire plus merveilleuse que celle de James Baird ? Fermier en Écosse, il labourait son champ de ses mains, quand la présence de cailloux noirs parmi les mottes de terre attira son attention. Sans rien dire à personne. il creusa, chercha, trouva la houille. Quelques années plus tard, le petit fermier était devenu le plus opulent métallurgiste de son pays.
A Birmingham, un jour, un vieux médecin de la ville s'évertuait à tailler une plume d'oie afin de rédiger l'ordonnance qu'attendait un client. Celui-ci regardait et songeait.
- Docteur, dit-il en s'en allant, je vous apporterai demain une plume que vous n'aurez pas besoin de tailler.
Le lendemain, en effet, il apportait au médecin une plume de fer fabriquée par lui et qui écrivait fort bien.
- Pourquoi n'en faites-vous pas d'autres ? lui dit le docteur.
Il en fit d'autres, tant d'autres même, que la manufacture de plumes de Birmingham, au bout de quelque temps arriva à produire trois tonnes de fer par semaine, et que son fondateur devint archi-millionaire.
Tous ces hommes devenus presque subitement riches, de pauvres ou de modestes qu'ils étaient, surent saisir au passage la fortune par les cheveux. Mais que dire de M. Mac Cormack, de Leadville (Colorado) ? M. Mac Cormack fit mieux : c'est dans ses propres cheveux qu'il trouva la fortune.
M. Mac Cormack se faisait couper les cheveux. L'artiste capillaire, placé en pleine lumière, opérait, tondait et s'étonnait des reflets dorés de la chevelure, déjà blonde, de son client. A la fin, n'y tenant plus :
- Mais, monsieur, c'est étonnant ! Vous avez des paillettes d'or sur la tête ! En vérité, c'est un placer que vous devriez exploiter !
M. Mac Cormack ne dit rien, mais il réfléchit que ses cheveux, enduits de pommade, avaient fort bien pu retenir ces paillettes pendant les bains quotidiens qu'il prenait dans un petit ruisselet, situé derrière son champ, à Leadville, et de là à s'informer...
Il s'informa, en effet, i1 fit même venir un ingénieur et l'ingénieur constata que le ruisselet charriait de l'or en notable quantité. Cormack acheta ou loua tous les terrains, convoqua quelques gros brasseurs d'affaires, et, finalement, il vendit son ruisseau contre deux millions en espèces.
La recherche de l'or ne donne pas toujours des résultats aussi faciles et aussi rapides. L'histoire de Joe Ladue, le fondateur de Dawson-City, dans l'Alaska, en est la preuve.
« Joe Ladue, dit son biographe, M. Saint Aubin, est un de ces Yankees nés, comme dit leur expression typique. avec une cuiller d'argent à la bouche. Il était trappeur et parcourait les forêts qui environnent le lac Champlain. Ce Bas-de-Cuir avait alors vingt ans. On le trouve successivement dans le Colorado, le Wyoming, le Dakota, chassant, prospectant, interrogeant le sol inutilement.
« Une rencontre fortuite avec un vieux camarade Lobdell, lui donne l'idée d'aller à l'Alaska. Le chasseur de castors, le chercheur d'or aurait là-bas plus d'occasions de faire fortune. Lobdell lui prête les premiers fonds nécessaires. Il part, fait le trafic avec les Indiens, qui lui vendent des fourrures va, vient, l'oeil et l'oreille au guet. En 1888, il entend dire qu'il y a de l'or aux environs du Klondike. Quelques mineurs prétendent en avoir découvert de ce côté. Il n'hésite pas à s'y rendre, souffre la faim durant des semaines, des mois, se meurt de froid, Échoue pendant longtemps dans toutes ses investigations, et réussit, enfin, grâce à une persévérance héroïque... »
Joe Ladue est archi-millionnaire à quarante-cinq ans. Du jour où il a trouvé l'or qu'il cherchait, la richesse lui est venue tout à coup ; mais que d'années de recherches vaines, que de misères subies avant d'atteindre ce résultat ! La fortune, ici, n'est pas due simplement à un coup de chance : elle est justifiée par une énergie, une volonté, une obstination, une fermeté d'âme et un courage au travail vraiment exceptionnels, et qui forcent l'admiration pour l'homme qui en témoigna.
On ne peut guère, en de pareils cas, accuser la fortune de s'être montrée aveugle et d'avoir favorisé qui ne la méritait pas.

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La fortune, en effet, n'est pas toujours et fatalement aveugle ; il lui arrive quelquefois de distribuer ses faveurs à bon escient. L'histoire de quelques inventeurs en serait la preuve.
Car quoi qu'en dise la légende, tous les inventeurs ne meurent pas sur la paille ou dans un cabanon. La loi, sans doute, ne les protège pas assez ; mais la chance parfois leur donne des compensations légitimes.
Le malheur, c'est que beaucoup de grands inventeurs, d'inventeurs de génie, ayant amené, soit dans l'organisation sociale, soit dans l'industrie, les plus grands progrès par leurs découvertes n'obtiennent pas les récompenses qu'ils mériteraient, et meurent pauvres, alors que ceux qui ont exploité leurs trouvailles s'enrichissent. C'est l'éternel « sic vos non vobis » de Virgile. Mais ce n'est pas là, Dieu merci, une loi constante ; et l'on a vu, on voit encore des inventeurs tirer un gros profit, et un profit rapide de leurs inventions.
Parmi ces favorisés du sort, les petits inventeurs sont généralement plus nombreux que ceux qui firent accomplir quelque grand progrès à l'humanité. La reconnaissance des hommes est plus prompte pour l'inventeur d'un jeu ou d'une babiole ingénieuse que pour celui dont l'invention géniale doit bouleverser et rénover la vie sociale.
M. Lacordaire, qui, naguère, dans la Revue des Revues, montra « comment les petits inventeurs deviennent de gros millionnaires », a signalé cette particularité.
« Presque toujours, dit-il, ce sont les petites découvertes dues à la réflexion, à l'observation, au hasard, qui rapportent les plus gros bénéfices. Telle chose, qui paraîtra insignifiante à la généralité des gens sera une source de brillante prospérité pour qui sait en tirer l'utilité et le profit pratiques. Cela est si vrai que le premier conseil à donner aux chercheurs est celui-ci :
« - N'échafaudez pas de projets gigantesques ; ils croulent fréquemment pendant qu'on les édifie ; contentez-vous de regarder autour de vous, voyez ce qui manque, ce qui fait lacune, ce qui pourrait la remplir, et si vous avez le génie de l'invention, dirigez-le de ce côté... »
C'est, en somme, ce que répondait un jour Edison à quelqu'un qui lui demandait comment il fallait s'y prendre pour devenir riche.
- Devenir riche ?... Il suffit de s'asseoir et de regarder le premier objet sur lequel l'oeil tombe ; celui qui ne sait pas en tirer profit n'a pas un atome d'intelligence.
Passons en revue, avec M. Lacordaire, quelques-unes de ces inventions simples et pratiques dues à l'observation et qui transformèrent rapidement leur auteur en millionnaire.
« Une paysanne américaine, qui portait des oeufs au marché, n'arrivait jamais à destination sans en avoir de cassés. Elle avait beau prendre des précautions, le cahot de sa voiture, le ballottement des paniers lui causaient régulièrement un préjudice plus ou moins grand. Un jour, elle s'avisa d'un moyen bien simple pour isoler ses oeufs un à un : elle les mit dans des boîtes divisées en compartiments avec du carton. Celui-ci n'était pas cher à cette époque.
Elle en pouvait acheter plus qu'il ne lui en fallait pour peu d'argent. Cette idée lui valut plus d'écus que n'en amassa la Perrette du pot-au-lait. La paysanne américaine, satisfaite du résultat, fabriqua des boîtes à compartiments, les vendit et s'enrichit.
« Un paysan de l'Etat du Maine se désolait de voir l'effrayante consommation de souliers que faisaient ses quatre ou cinq garçons, butant du pied contre les pavés et usant une paire de chaussures en un rien de temps. Comment y obvier ? Il imagina de faire revêtir ces souliers de bouts en cuivre, s'en trouva bien, prit un brevet, exploita son invention et y gagna un demi-million de dollars... »
Combien d'autres inventions fructueuses naquirent d'une observation du même genre.
C'est en regardant sa petite fille malade, qui jouait avec des débris de bois hors d'usage, que Crandall, dont le nom est populaire aux États-Unis, eut l'idée de fabriquer ces jeux de cubes de bois qui, sous divers noms : boîtes d'alphabets, boîtes de métamorphoses, etc., ont fait le tour du monde et ont apporte des sommes énormes à leur inventeur.
L'inventeur de la balle à corde élastique retenue par un anneau, laquelle se vendait un sou, a réalisé, en une année, une fortune colossale.
On a gagné des millions de dollars avec ces petits ressorts en bronze servant de pinces serre-papiers, et personne n'a songé que le premier qui les mit en vente n'avait fait que copier un objet absolument identique déjà en usage chez les Romains, il y a vingt siècles.
Du reste, fréquemment, on n'invente pas, on retrouve. L'épingle de sûreté, partout employée aujourd'hui, était connue des Romaines bien avant notre ère ; un Américain s'en est souvenu et a gagné 500.000 dollars. - Un autre a remplacé les baleines des corsets par des plumes de dindon et de poulet : son brevet lui a été acheté aussitôt pour la somme rondelette de 250.000 francs.
Un Américain s'est fait 25.000 francs de rentes en inventant le presse-citron en verre.
A Chicago, un ouvrier employé à la fabrication des boîtes de conserves, trouve le moyen de les ouvrir sans couteau, par une simple pression. La maison Armour lui en commande 500.000 d'un coup et le voilà richissime.
Le brevet de l'encrier automatique qui fournit invariablement la même quantité d'encre à la plume qu'on y trempe, a été vendu 2 millions et demi.
L'agrafe et oeillet « Hump » qui, par un procédé bien élémentaire, ne peuvent se détacher, ont eu preneur à un prix encore plus élevé.
On assure que l'individu qui, le premier, eut l'idée du porte-crayon muni d'un morceau de gomme à effacer gagna avec ce simple objet plus de 500.000 francs.
Celui qui imagina le pince-cravate est devenu millionnaire.
Samuel Fox, qui remplaça les baleines des parapluies par une ossature métallique, amassa 6 millions.
Le créateur du patin à roulettes laissa à sa mort 3 ou 4 millions.
Harvey Kennedy, qui lança le lacet de soulier, gagna 12 millions à cette opération.
Enfin, il y a environ trois quarts de siècle, à Paris, ne vit-on pas un inventeur gagner plus de cent mille francs - véritable fortune pour l'époque , - avec morceau de papier léger soutenu par trois bouts de fil, qui constituait un parachute, jouet dont le succès fut considérable ?
Ces petites inventions procurèrent la fortune à leurs auteurs. Et, pourtant, elles ne présentaient pas un caractère d'utilité indéniable. Il faut croire que ces inventeurs eurent la chance.
La chance, tout est là !... Mais pourquoi cette heureuse fatalité ne favorise-t-elle pas plus souvent les hommes dont les découvertes géniales marquent les étapes du progrès humain ?
Quand, plus tard, on recensera les nouveaux riches créés par la guerre, on verra probablement encore à l'origine de leur richesse, la chance, les relations, l'audace, et l'on s'apercevra sans doute une fois de plus que la fortune aura été encore bien moins au génie lui-même qu'aux parasites du génie.
Ernest LAUT.

Le Petit Journal illustré du 20 mai 1917