En Mésopotamie

Cavalerie britannique assaillie
Par le « Sam » ou tempête du désert
Ce ne sont point seulement les troupes turques
que nos alliés britanniques ont à combattre en Mésopotamie.
Il leur faut encore lutter contre les forces de la nature, et notamment
contre la fréquence de ces tempêtes du désert, cyclones
terribles dont Eugène Flandin, dans son Voyage en Mésopotamie,
a fait cette pittoresque et terrifiante description :
« Rien ne peut donner l'idée de ce phénomène,
il faut l'avoir vu. Des courants d'air chaud arrivent par intervalles,
avant-coureurs de la tempête, comme pour avertir les êtres
vivants qu'ils aient à se soustraire à ses effets. Alors,
chacun je cache, s'abrite, s'il peut. Les animaux, craintifs, l'oreille
basse, l'oeil morne, courbent la tête et semblent attendre avec
inquiétude quelque chose qu'ils redoutent. La température
s'élève, le vent augmente. A l'horizon, du côté
où il souffle, une bande rouge, opaque, barre le ciel bleu, la
bande sinistre s'élargit, et sa frange dorée, qu'éclaire
le soleil, monte lentement au-dessus du nuage redouté. Tout devient
sombre, l'obscurité se fait. Une lueur livide couvre le désert,
elle semble un reflet de la mort. Le nuage approche, il est immense
et cache le ciel tout entier. La tempête mugit de toute sa force.
La rafale impétueuse courbe et brise tout sur son passage. Un
vent sulfureux brûle, asphyxie. Les hommes se mettent à
plat ventre et se couvrent de leurs manteaux ; les animaux effrayés,
tremblants, ouvrent les naseaux avec terreur et se mettent les uns à
côté des autres, cachant mutuellement leur tête sous
leur ventre ; leurs crins agités se dressent et se mêlent.
Les plis des manteaux volent en tournoyant. Les broussailles desséchées
voltigent et se heurtent en tous sens. Le palmier solitaire se courbe,
et ses rameaux flexibles, penchés sur la terré, se souillent
de poussière. - Tout semble mort. - L'arbre seul crie en se tordant,
et les murailles ébranlées se balancent sous les effets
de la tourmente. Le sable qu'elle apporte du fond du désert qu'elle
soulève en tourbillons, siffle de toutes parts. Le soleil est
impuissant à percer l'enveloppe opaque et roussâtre qui
couvre toute la contrée...
» Enfin, ses rayons se font jour peu à peu, le vent mollit,
l'air est toujours brûlant, mais moins empesté. L'orage
va plus loin, il continue sa course et porte en d'autres lieux le ravage
et la mort. Les voyageurs que n'a point asphyxiés le courant
mortel se redressent, les animaux se hasardant à lever la tête
; ils sont tout couverts d'une couche de sable impalpable, brillant
et chaud, qui a pénétré partout et les empêche
de respirer. Le « sam » est passé, on le voit s'éloigner,
on le redoute encore jusqu'à ce que le terrible nuage ait dispuru.
»